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Algérie - Mémoire du Raï Documentaire de Djamel Kelfaoui et Michel Vu
Réalisation : Djamel Kelfaoui / Production : Les Films du Village

Entretien avec Djamel Kelfaoui CMTRA : Ton film remonte aux sources même du raï. Il nous présente son évolution jusqu'au phénomène mondial que l'on connaît aujourd'hui. Peux-tu nous rappeler brièvement les différents courants qui sont à l'origine de ce mouvement musical et comment est né l'idée de ce film ?

Djamel Kelfaoui : Au départ, il s'agissait d'une commande et l'idée était de traiter l'histoire de l'Algérie en musique. On aurait pu raconter l'histoire de l'Algérie au travers des musiques « Tergui », de l'andalou, du chaâbi, du kabyle ou du chaoui. Mais nous avons fait le choix de traiter l'histoire de l'Algérie par le raï car c'est un mouvement musical qui est très porteur en France, en Europe et dans le monde.

C'était aussi l'occasion d'apporter des éléments d'information au grand public. Pour ma part, ce qui m'importait vraiment, c'était de rendre hommage aux précurseurs car je trouve que depuis l'éclosion commerciale du raï en France, on néglige l'histoire de ce mouvement musical. Ce mouvement remonte au début du siècle dans une région que l'on appelle l'Ouest et pas encore Oran. Car comme le dit très bien Mr Maghni dans le film, le raï, c'est un petit peu comme un arbre, il a des racines qui viennent des quatre coins de l'ouest Algérien. Notamment de Mascara qui est un des lieux à l'origine de l'émergence des grands Chioukhs qui sont avec les Cheikhetes, les grands maîtres du début du siècle qui utilisaient la flûte (la gasba) et le percusseur (le tambourin). Au départ nous n'appelons pas ce mouvement le raï, c'est juste un mouvement musical qui est né dans l'arrière-pays de l'Oranie, dans les terres et qui est porté par des grands maîtres issus de la poésie bédouine qui reprennent des textes de qualité, des poésies ancestrales.

Déjà dans ces textes poétiques, il y avait une prise de conscience de ce qui se passait dans le pays ; c'était un peu le transistor et la télévision de l'époque.

Ensuite, il y a des gens comme Cheikh Hamada qui vont être le lien avec cette réalité oranaise au début du siècle, ils vont être les précurseurs du rapprochement entre la campagne et la ville. Et à partir de ce moment, le mouvement est en marche. C'est la rencontre de la musique judéo-arabe, des Juifs qui sont installés à Oran. Il se trouve qu'avant le décret Crémieux, les Juifs vivaient avec les Arabes en parfaite harmonie.

On sent qu'il y a du partage et de l'échange et Cheikh Hamada va être vraiment le fondateur de ce mouvement musical dans l'Oranie. Ce monsieur va donner des textes à des grands noms de la musique algérienne, notamment à Alger. Il y a donc à cette époque un véritable jeu de passerelle et de rencontre à travers tout le pays. Il ne faut pas oublier les femmes car elles vont être déterminantes. C'est dans l'univers des femmes que la parole va commencer à s'exprimer au travers de ce qu'elles vivent, de ce qu'elles ressentent dans ces années dures de guerre, de famine, d'épidémies.

Et c'est Cheikha Remitti qui portera le mieux cet univers à travers le siècle. C'est une femme qui a commencé à chanter en Algérie avec son style, puis elle a chanté dans les arrière-salles des cafés de l'immigration ; elle commencera à être reconnue vers la fin de sa vie.L'élément clef de cette alchimie musicale sera Blaoui Houari , car il a été au contact de l'arabo-andalou et de la musique judéo-arabe. C'est un musicien de qualité qui joue aussi bien du piano, de la guitare, pour devenir chef d'orchestre par la suite. Il va être le précurseur de ce mouvement musical que l'on va appeler plus tard le raï dans sa forme moderne, car c'est lui qui va introduire des instruments comme la guitare, l'accordéon et puis c'est à cette époque que les Américains débarquent.

Blaoui est vraiment l'homme clef de ce moment et il continue encore aujourd'hui à enregistrer dans les studios d'Oran. L'autre moment clé vont être les années 68, 69, 70. D'un côté du monde, il se passe Woodstock. Il y a des références en Algérie et la trompette commence à apparaître. A ce moment, il y a trois noms importants qui sont Boutaïba, Bellemou et Bouteldja. Ces noms vont faire apparaître le pop raï avant l'arrivée de heb Khaled. |||| En cette période, l'indépendance a eu lieu, mais Boumediene commence à serrer les boulons car il ne supporte pas le rouge à lèvre et les fausses blondes. Le raï est perçu comme une musique promue par les colons.

À cette époque nous sommes en plein panarabisme, on écoute beaucoup plus la musique égyptienne et l'on néglige ce terroir et cette musique populaire de l'ouest qui est vécue comme une tare. Il va falloir attendre les années 80 pour une certaine reconnaissance, entre temps le raï reste dans la clandestinité et en même temps il s'est appauvri car il est aussi le résultat de ce que les gens sont, c'est le prix de la colonisation. Donc les gens des campagnes arrivent dans les faubourgs d'Oran et il y a toute une synthèse qui fait que les jeunes commencent à s'éclater dans ces paroles très crues, très dérangeantes et souvent dans un univers qu'on a du mal à entendre en famille.

Et là, Cheb Khaled va casser la baraque, mais on écoute ça en sourdine. Il va falloir attendre les années 85 avec le décès de Boumedienne, mais aussi l'arrivée du président Chadli qui essaie de libéraliser un petit peu les moeurs et le système. C'est aussi l'apparition de courants au sein de l'appareil d'Etat qui se rendent compte qu'il y a des choses qui se passent dans la société algérienne. Ton film a le mérite de montrer que le raï n'est pas uniquement un mouvement musical, c'est aussi un vecteur de revendications sociales, politiques voir économiques. Peux-tu nous présenter cet aspect ?

On est à une époque où il y a une jeunesse qui veut vivre ses vingt ans et beaucoup de gens sont issues de cette génération qui a été sacrifiée après l'indépendance et qui a vécu ses vingt ans dans des conditions difficiles. Vivre son amour, l'exprimer, le crier, le chaâbi ou l'andalou le font avec des images et des métaphores, en revanche le raï est beaucoup plus direct.

L'apparition de la K7 permettra une grande circulation à travers le pays et notamment avec le service militaire car quand les jeunes appelés arrivent d'Oran à l'autre bout du pays, ils viennent avec leurs K7. Il y a donc une révolution musicale qui s'opère et aux quatre coins du pays, les gens se sentent concernés par ces paroles. Cela va être flagrant avec un chanteur comme Cheb Hasni qui lui est porteur d'un style beaucoup plus love. Khaled défraie la chronique avec une chanson qui dit des choses que l'on ne peut pas entendre en famille, il parle de ses manques, de la prison et du ciment sur lequel il a dormi, il parle de sa bien aimée Yamina. La jeunesse s'accapare ce style musical. A partir des émeutes de 88, les gens commencent à modérer les paroles. Khaled reprend un titre de Idir' ' Fuir, fuir, mais où ? '. Cette chanson, adaptée dans un style raï, est reprise comme porte-drapeau par les jeunes dans les manifestations. Mais on connaît le résultat, il y eut des centaines de morts, pour la première fois l'armée algérienne tire sur la jeunesse. On rentre dans une période où le raï commence à s'exporter.

Le premier festival à l'étranger aura lieu à Bobigny en 86 et là quelque chose se passe, le raï s'impose comme un mouvement musical et au même titre que le reggae et le rock, le raï va bouleverser la planète.Le raï va prendre son envol dans les années 91 et 92, Barclay signe Khaled. Cela correspond aussi à la société algérienne. Il va y avoir une libéralisation totale du régime au point que l'on va ouvrir la porte aux islamistes pour jouer le jeu des élections.

Des gens qui écoutaient du raï ont voté FIS, non pas par conviction mais parce qu'ils en avaient ras le bol de cette chape de plomb qui s'est abattue pendant trente ans sur le pays et qui a empêché quantité de gens de penser, de « s'éclater ».Sous le prétexte du panarabisme, la musique algérienne est complètement mise de côté en tant que telle au profit d'une musique égyptienne, la langue française est bannie de l'administration, l'arabe est la langue unique. Comme ca, on va fabriquer toute une génération de mutants et c'est à partir de là que commence la perspective des années noires. Le raï s'exile et celui qui fait le choix de rester, Cheb Hasni, se fait descendre en 94.

A côté de cela le raï se fait le porte-drapeau d'un pays en souffrance et bien souvent dans les concerts à Paris et ailleurs, la scène devient un lieu d'engagement, le drapeau est souvent sur scène et l'Algérie souffre. Le raï a donc apporté à toute une génération un appel d'air et aujourd'hui il est un mouvement reconnu dans le monde entier, cela a été quelque chose d'important pour l'Algérie.

On ne s'en rend peut-être pas compte aujourd'hui mais c'est aussi une façon de dire qu'il se passe aussi plein de choses en dehors de la musique, du point de vue de la littérature, des arts plastiques et je pense que c'est aussi la situation de n'importe quel pays en crise. 2003 est l'année de l'Algérie. As-tu des projets pour cette année ?

Toutes ces questions autour de l'Algérie ont été pour moi le fruit d'un travail sur moi-même, sur mon histoire, sur mes origines, car je suis né en banlieue parisienne, je suis un pur produit de la république française. Mais dans cette aventure humaine, culturelle, musicale qui m'a aidé à faire ce film, cela m'a permis aussi de me réapproprier une part de cette histoire.

Je souhaite donc continuer dans cette voix et je travaille actuellement sur un projet autour d'un hommage à Cheikha Rimitti ; celle qui a fait vivre autour de l'axe Paris ' Lyon ' Marseille toutes les arrière-salles de cafés d'immigrés. Cheikha Rimitti sera programmée à Paris à Lyon et à Marseille, ce sera aussi l'occasion de montrer des films, des expositions. Il se trouve que 2003 est l'occasion de monter tout ça et l'idée est d'inviter des gens que j'ai rencontré lors de mes différents voyages en Algérie pour ainsi présenter d'autres aspects de la société algérienne autour de la photo, du théâtre, de la vidéo, des musiques et de la danse. Propos recueillis par M.P. TAM TAM

Djamel Kelfaoui 61 rue Victor Hugo 93500 PANTIN

Tel : 01 41 71 22 82

tamtameuse@yahoo.fr Les Films du Village 24 rue Prairies 75020 PARIS

Tel : 01 44 62 88 77


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