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La fanfare à mains nues
ou comment troubler l'ordre public

Entretien avec Jean Tricot et Marcel Notargiacomo CMTRA : Marcel Notargiacomo, Jean Tricot, vous vous retrouvez sur la Fanfare à Mains Nues, quel est ce projet vocal ?

Jean Tricot : Ce projet a huit ans d'âge, il est né dans l'Hérault, à Gignac. C'était au départ une démarche pédagogique, qui s'appelait la Musique à Mains Nues, consistant à développer le sens musical à travers la voix et le corps, y compris sur des questions de solfège, de travail d'oreille musicale, de rythme.

L'atelier s'est structuré en groupe, et au bout de quelques années, il s'est diffusé de manière professionnelle dans des festivals et divers lieux, et a généré un clone (rires), un petit frère, à Vénissieux au sein de la compagnie Traction Avant. Ce qui fait que maintenant il y a deux Fanfares à Mains Nues égales, qui peuvent se réunir, pour former la Fanfare à Mains Nues à 60 personnes. Quel est votre répertoire ?

J.T. : J'ai composé 60 % des chants que nous interprétons a capella et, le reste, c'est du répertoire traditionnel. Je précise que la couleur dominante est le bleu méditerranée, c'est latin, pas anglo-saxon, c'est pas du gospel, pas par idéologie, mais par affinité. Je pense qu'on chanterait mal en anglais et pour l'instant, on chante en français, en occitan, en espagnol, en italien, en grec ancien, en portugais, en russe. Quel est le profil des participants ? Est-ce que ce sont des amateurs, des professionnels ?

J.T. : Au départ, c'était 100 % amateur, y compris des gens qui ne savaient pas du tout chanter, qui ont été formés au sein de la fanfare. C'est une dimension très importante que je tiens à ne pas lâcher. On ne vient pas à la fanfare sur audition, on vient à la fanfare pour apprendre. La notion de groupe est très forte.

Au bout de quelques années, j'ai recruté des professionnels qui sont venus sur les mêmes bases que les amateurs, et ils ont commencé à être rémunérés lorsque c'était possible. On est en plein dans la contradiction, dans des rapports passionnants entre amateurs et professionnels. En gros, il y a 45 amateurs et 15 professionnels dans les 2 fanfares. Quelle est la démarche mise en oeuvre ?

J.T. : Historiquement, à Gignac, c'est unanimement que l'Assemblée Générale a réclamé que les pros soient rémunérés. Une partie des pros sont pédagogues, ils animent des ateliers, ils sont là pour former les autres. L'ensemble des professionnels est censé avoir le rôle de pilier dans le groupe, connaître l'ensemble des voix pour pouvoir les apprendre aux autres. Ils sont censés aussi chanter mieux que les autres, sinon, ça poserait problème. Sur certains engagements du groupe, les professionnels peuvent se produire seuls. Dans les répertoires que vous composez, quelle relation faites-vous entre l'écriture du répertoire, la pédagogie concernant l'élaboration du savoir-faire des amateurs et des professionnels et l'aboutissement, le moment où vous décidez que vous êtes arrivés à la qualité dont vous rêviez ?

J.T. : La plupart des morceaux de mon répertoire, je les ai écrits avec le souci de la démarche pédagogique. Je n'ai jamais écrit quelque chose comme un compositeur dans sa tour d'ivoire, et puis après, « débrouillez-vous pour chanter ça ». Certains morceaux sont même au départ des exercices d'oreille, de chant polyphonique, qui après-coup se sont structurés en morceaux. Ce n'est pas seulement un parti pris philosophique, c'est aussi une nécessité. Ecrire un truc que les gens ne pourront pas chanter, pour moi, ça n'a aucun intérêt.

À chaque fois, il y a ce à quoi je voudrais arriver, et le chemin pour y parvenir. Je ne dis pas que ça marche toujours, en tout cas, c'est la tentative. Je crois que cette fanfare a une particularité, c'est un ensemble vocal acoustique qui se produit hors des salles de concert. Pourquoi ce choix et quels sont les lieux dans lesquels vous vous produisez ?

J.T. : C'est pas interdit de chanter, dans la rue, ou n'importe où. Et dans la mesure où on chante a capella sans accessoires, sans lumière, sans costume, sans sono, l'idée, le rêve, c'est que n'importe quel passant puisse se mettre à chanter. Il y a eu plein d'expériences où on a chanté dans le métro, à MacDonald, à Monoprix, dans des endroits complètement imprévisibles, et on a toujours eu un bon accueil.

Les gens, dès l'instant où l'on chante, dans un rapport de proximité, à un mètre d'eux, ont une réaction de naïveté, même avec des loubards en cuir dans le métro, il y a toujours ce rapport à l'enfance, chose qui ne se produit pas avec une fanfare ou un orchestre. Le chant a ce côté un peu primitif qui permet un rapport immédiat avec les gens, ça c'est merveilleux ! Il suffisait d'avoir le culot de le faire en fait. Ça n'a rien d'héroïque. La Fanfare à mains nues au défilé de la biennale de la danse de Lyon Marcel Notargiacomo, vous représentez ici la « branche » de Vénissieux. Dans le contexte de prestation de rue, quel rapport faites-vous entre l'exigence de qualité, l'efficacité d'intervention, le bonheur de chanter, mais sans artifice, donc en prenant des risques. Comment ça se passe ?

M.N. : C'est un questionnement permanent. On est sorti par exemple récemment place de la République à Lyon. En espace public, on est constamment sur le fil, susceptible d'être déstabilisés par les réactions des gens, par l'environnement sonore. Ça demande une présence et une relation sensible, forte dans chaque lieu.

On pourrait être tenté parfois d'être simplement généreux, mais la question qui nous est posée, c'est aussi de défendre une exigence artistique qui convainc les gens, pour qu'ils aillent au delà de « c'est super, ils chantent bien ». C'est d'autant moins évident qu'il faut en même temps rester disponible pour improviser, inventer. Ceci dit, cette prise de risque est très excitante. Les questions que vous soulevez semblent être de celles qui se discutent depuis longtemps dans les arts de la rue, trouver des axes de communication avec un public qui n'est pas captif comme dans le rituel "salle de concert". Peut-être avez-vous déjà pensé avoir un travail commun avec des dépositaires d'un savoir-faire « arts de la rue » ?

M.N. : Actuellement on essaie dans les deux fanfares, d'intégrer une réflexion et un travail sur la mise en espace, une certaine théâtralité. Il se trouve qu'à Traction Avant, il y a des personnes ressources, notamment en théâtre, danse..., et on souhaite qu'elles soient impliquées dans la construction de formes artistiques.

Suite à la Biennale de la danse à laquelle la fanfare à mains nues a participé, un travail se poursuit avec une danseuse-chorégraphe pour tisser des liens entre chant et danse. Créer des passerelles entre différents langages artistiques fait partie de la démarche de la compagnie depuis l'origine. Ici, mailler humainement et artistiquement « Bella Ciao » ou des chants traditionnels avec des danseurs est passionnant. On aime aussi que cette intervention, chantée et poétique, dans la rue vienne troubler l'ordre public. Dans le répertoire, vous proposez des éléments issus de la tradition, et des éléments de création, quelle est votre réponse par rapport à cette éternelle question de tradition-création, passéisme-modernisme ?

J.T. : Nier qu'on a des racines c'est stupide, et radoter, c'est ennuyeux. Moi, en tant qu'artiste, et en tant que personne humaine, je milite pour l'idée de création. Le monde, qu'on le veuille ou non, doit avancer, si c'était dans le bon sens, ce serait mieux.

La création fait partie de l'humain, et je revendique la nécessité de créer, de sortir des sentiers battus. Je ne dis pas que ce qu'on fait est génial, mais en tout cas, on essaye, et en même temps, on se souvient qu'il y a huit siècles, on chantait « Lou Bouyé », et que c'était super. Je l'ai arrangé, je l'ai un peu bousculé, c'est un aller-retour.

Si par exemple dans un concert, on chante « Lou Bouyé », et que tout de suite après on chante un texte parlant des choses qui se passent dans la France aujourd'hui, c'est un beau voyage, non ? Cet aller-retour entre le souvenir et la projection dans le futur Par rapport aux arts de la rue, ce qui est différent, c'est que l'on chante, on dit des mots, la question du sens se pose tout de suite.

Si je joue avec une trompette ou un tambour dans la rue, il peut y avoir du sens, mais pas forcément. Si on met le « bousin » dans la rue, on dit déjà aux gens que n'importe qui peut chanter. On s'est retrouvé par exemple l'été dernier au cap d'Agde, avec tous les touristes, qu'on appelle les classes moyennes, ni les très riches, ni les très pauvres, pour faire une animation qu'on aurait pu dire un peu « sordide », engagés par la mairie. Sur la place, au bord de la plage, on a chanté les Canuts. Il y avait tous les prolos qui étaient là qui chantaient avec nous, en tendant le poing, le sens, il arrive tout d'un coup. C'était très émouvant. Vous parlez de Bella Ciao et des Canuts de Bruant. Ce ne sont pas des textes anodins, ce sont des textes inscrits dans une tradition de revendication sociale, même de révolte, sinon de révolution Les textes que vous citez ont une signification beaucoup plus large que leur contenu, en plus, ils sont dans les mémoires contemporaines d'une partie de la population. Il y a toujours dans un public quelqu'un qui connaîtra (dans des tranches d'âge spécifiques, d'accord). Est-ce que vous envisagez d'écrire des versions contemporaines, ou est-ce que vous le faites déjà, correspondant à ces axes forts de revendication radicale ?

M.N. : Quand on a chanté pour le forum des réfugiés à Vienne, on a musicalisé le slogan qui accueillait les gens dans cette grande manifestation. « C'est une nuit d'alerte pour tous les réfugiés de la terre », on a scandé ça et on l'a fait reprendre par tout le public, il y avait quand même 7000 personnes ce jour-là. Au procès de José Bové le 16 février 2001, c'était : « on est des grains de sable, on aura la peau de l'empire ». On a passé l'après-midi à se balader dans les rues de Montpellier en chantant ça. Écrire un Bella Ciao ou la chanson des Canuts aujourd'hui, c'est difficile, qui l'entendrait ?

Il n'est pas interdit qu'à terme, naissent des envies de texte, j'y pense souvent. Il faut effectivement la présence du sens, mais en même temps dans un lieu où on déstabilise un peu. Par exemple, quand on est rentré dans un Macdo, il y a eu un moment de trouble. Les vigiles se mettaient à l'entrée en pensant qu'ils allaient affronter une bande d'hurluberlus. Les serveuses subitement inquiètes, le public se tenant à l'écart, comme s'il allait se passer quelque chose d'étrange. Ces troubles-là sont intéressants surtout si les paroles ont du sens dans un tel lieu. Dernière question, dans la région Rhône-Alpes, on voit depuis une décennie, de manière foisonnante, augmenter l'intérêt pour la pratique vocale, le chant, de la pratique amateur à la constitution d'ensembles professionnels. Est-il envisageable que quelqu'un rejoigne vos rangs, et si oui, quelle est la procédure ?

M.N. : Il faut venir. Cette année, pour la première fois depuis 4 ou 5 ans, on a dû refuser du monde, mais il n'y a pas d'audition. À Gignac, c'est un petit peu différent, il est demandé aux gens de faire au moins un stage préalable.

À la fin, on discute. De toute façon, le principe, c'est que les gens viennent là pour apprendre. Les gens ne viennent pas parce qu'ils savent déjà. Après chacun trouve sa place au sein d'une aventure collective, ouverte sur le monde et les autres. Propos recueillis par J.B. Contact

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