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Hariprasad Chaurasia
Souffle la musique

Entretien avec le flûtiste Hariprasad Chaurasia Il est l'un des plus grands instrumentistes contemporains. Toujours d'une vraie humilité, il est pourtant en Inde, l'une des stars les plus connues et appréciées, fin interprète du répertoire classique indien (musique hindoustanie du Nord de l'Inde). Dans le quartier cossu de Bandra, Chaurasia a élu résidence : un immeuble moderne, « Savitri Flats », dans une rue tranquille. Confort simple, deux étages communicants, sculptures de Ganesh, le dieu éléphant et d'autres divinités, terrasse et plantes grasses... C.Ledoux : Panditji, vous avez réussi à devenir célèbre, à être demandé partout ; les plus grands honneurs vous ont été décernés (je pense au titre si envié de « Padmabushan » décerné par le président de l'Union indienne) Etes-vous un self-made man ?

Hariprasad Chaurasia : Hum ! ..Self-made man, mais aussi par la grâce de dieu ou du destin. Sans cette bénédiction on ne peut devenir self-made man. Cette conception est occidentale. Pour trouver sa propre voie, celle qu'on veut adopter, il nous faut cette aide qui vient du ciel. Comment cette grâce vous vient-elle, en tant qu'homme et musicien ?

(sans hésitation) En se donnant entièrement par la dévotion (la Bakti) et un travail intense. Si l'on fait tout ça avec sincérité, on obtient cette grâce. Cela veut dire que vous êtes religieux dans votre façon de vivre, dans vos pensées comme à travers votre musique ?

(un peu hésitant) Je suis un peu religieux, mais je me sens beaucoup plus attaché à ma propre religion, qui est la musique. La musique est un art. Comment combinez-vous les deux ?

Voyez-vous, les mélomanes considèrent la musique comme un art. Pour moi, ma musique est plus une religion qu'un art. L'art est là, bien sûr, mais inséparable d'une attitude spirituelle.

Lorsque j'ai commencé à vraiment jouer, je me suis rendu compte que ma musique devenait ma religion ; alors j'ai tout abandonné pour consacrer toute mon énergie, toutes mes émotions et ma dévotion à cet espace, et je travaille très dur, non seulement pour obtenir cette grâce, mais aussi un brin de satisfaction personnelle.

À propos de cette satisfaction, même si ma musique peut inspirer les autres vers une forme de libération, sachez que je ne cherche aucunement à satisfaire le public. Je ne veux que me satisfaire moi-même. Mais je ne suis pas encore satisfait ; je m'efforce sans cesse, et c'est très difficile, de me donner ne serait-ce qu'une goutte de satisfaction. Alors là seulement je sens que mon public réagit.

Bien sûr ce public aime ma musique et il contribue à m'inspirer. Mais il me semble toujours qu'il me manque quelque chose, ne sachant pas quoi, et pour trouver cette chose, eh bien je m'acharne au travail.

Par bonheur j'ai mon guru (Annapurna Devi, la sur d'Ali Akbar Khan, la fille du légendaire Allauddin Khan, rénovateur de la musique instrumentale hindoustanie), et lorsque j'ai un peu de temps je vais la voir pour pratiquer. Il me faut aussi lire, écouter les enregistrements des grands maîtres

J'espère être à nouveau musicien dans ma prochaine réincarnation, et pour cela je dépose dans la banque de données du futur comme on met de l'argent dans une tirelire ; j'accumule tous les actes de ma vie quotidienne qui serviront à une meilleure réincarnation : c'est le Dharma. Ainsi pourrai-je peut-être connaître cette satisfaction qui m'échappe encore. Comment êtes-vous devenu musicien ? Quelles ont été les rencontres qui vous ont frappé pour embrasser une carrière à laquelle, par tradition, vous n'étiez pas destiné ?

Je me souviens des chansons que fredonnait ma mère lorsque, tout petit, elle m'allaitait, jusqu'à l'âge de cinq ans. Le son de sa voix, ses cordes vocales si proches qui vibraient, cela a été ma première leçon de musique je n'entends plus une mélodie particulière, mais j'ai retenu des sonorités.

À sept ans j'ai commencé à chanter des airs simples, mais je n'étais pas bon chanteur. Je murmurais plutôt. Mais un ami, professeur de musique, me dit que j'avais une voix mélodieuse et que je devrais apprendre la musique. J'étais très heureux et excité de cette proposition, mais il y avait la peur que mon père apprenne cet écart à notre tradition.

En effet, mon père était catcheur et c'est à ce métier que l'on me destinait ! J'allais donc me cacher pour pratiquer ce que ce professeur m'enseignait. Il voyait mes progrès et me prédisait un grand avenir. La flûte, c'est venu plus tard. Je me trouvai dans une bibliothèque quand j'ai pour la première fois de ma vie entendu le son de la flûte. J'ai parcouru tout le chemin jusqu'à la source de ce son merveilleux ; c'était un petit poste de radio qui diffusait de la musique de Pandit Bholenat de Bénarès. Je me suis dit que si je devais jouer d'un instrument, ce serait la flûte et rien d'autre.

J'ai ainsi appris avec ce maître qui vit toujours. J'avais 11 ans et me suis mis à pratiquer 5 à 6 heures par jour et, vers 18 ans, j'étais un peu connu comme musicien dans ma ville d'Allahabad, au confluent des trois rivières sacrées, le Gange, la Yamuna et la Saraswati. Lorsque vous êtes sur scène, que se passe-t-il pour vous ? Quelle sorte de rapport avez-vous avec le public ?

La réponse aura de quoi surprendre le lecteur cartésien, mais nous sommes en Inde...

Quand j'arrive sur scène je m'abandonne à une puissance vivante (Chaurasia l'appelle « power » ; nous pouvons traduire par intercesseur sans en perdre le sens). Cet « intercesseur », c'est une belle statue, dieu ou déesse, qui apparaît là entre le public et moi. D'abord il faut que je séduise cette apparition, et si je parviens à la rendre heureuse, son contentement me donne, ainsi qu'à mon public, un certain bonheur.

C'est les yeux fermés que j'approche mon « intercesseur », oubliant ceux qui sont venus m'écouter. Comment sais-je si j'ai pu lui plaire ? En voyant son visage qui commence à vivre, et que je pare de guirlandes aux multiples couleurs, de bijoux scintillants. Cette phase prend du temps, peut-être un quart d'heure, avant que je ne voie son visage épanoui. Alors tout devient plus facile. Mais si je laisse cette forme divine indifférente, j'en suis très perturbé et malheureux, même si tout le monde me fait ce jour-là des louanges sur mon concert, cela ne peut me consoler d'avoir déplu à cet « intercesseur ». Je tiens cette pratique de mon guru, qui m'avait dit de plaire à quelqu'un en particulier. Et cette espèce de rituel s'est ainsi formée.

Cette force s'est manifestée et c'est elle qui a planifié ma vie de musicien. Elle apparaît à chaque fois sous une allure différente : un beau jeune homme avec une épée, une belle femme timide que je peux faire sourire et qui me demande de l'embellir et qui me dit : « J'aime voir ton visage à travers tes yeux », car il n'y a pas de miroir entre nous. Hariprasad Chaurasia (« Hariji » pour ses amis) demeure semblable à lui-même ; simple, affable et immensément généreux de musique. Propos recueillis par C.Ledoux Depuis cet entretien, nous avons programmé Hariprasad Chaurasia en avril 96 à Lyon. Son chemin musical s'est intensifié et enrichi de rencontres avec des musiciens et répertoires hors de sa tradition musicale indienne.

C'est ainsi qu'il compose Adi Anant, un concerto pour bansuri, tabla et orchestre de chambre, avec Pablo Cueco qui assure les arrangements. C'est bien dans le jazz que peuvent se retrouver en harmonie les musiciens, les styles, les instruments et c'est là que se produisent de réelles connections musicales qui donnent du nouveau du moins à des rythmes et des interprétations. Hariprasad Chaurasia retrouve de vieilles connaissances comme Larry Coryel, et participe à l'occasion du 50ème anniversaire de l'indépendance de l'Inde, à la reformation du groupe Shakti, au côté du guitariste JohnMc Laughlin, pour une mini tournée en Angleterre.

Côté disque, avec les bruits du monde, In praise of Janmashtami, des odes à Krishna, jouées pendant des heures sur la terrasse de son appartement à Bombay. Le disque présente 3 heures de ce moment unique. Concert unique aussi à Lyon présenté par La Musique des Autres et l'association Anagath'. Hariprasad Chaurasia sera accompagné par Fayaz Khan au tabla et C. Ledoux à la tampura. La musique des Autres Concert de Hariprasad Chaurasia

vendredi 26 avril 2002

20h30, Salle Molière - 18 quai Bondi - Lyon (69) Contact

La Musique des Autres

Tél : 04 78 39 16 26 ANAGATH

Tél : 04 74 55 20 08

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