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Lettre d'information n°45. Printemps 2002 Bertrand Gaillard ou le per

Entretien avec Bertrand Gaillard CMTRA : Bertrand Gaillard, cela fait maintenant plus de vingt ans que tu fabriques des accordéons diatoniques. Quelles ont été tes motivations pour te lancer dans cette aventure ?

Bertrand Gaillard : J'ai commencé par jouer de l'accordéon diatonique, à un niveau très modeste. En été 1979, j'ai participé à un stage de musique traditionnelle dans l'atelier « accordéon diatonique niveau débutant » animé par Pierry Giraud-Héraud. Nous avons sympathisé et sommes restés en contact après ce stage.

En ce temps-là, j'étais menuisier ébéniste ; Pierry réparait et accordait les accordéons depuis quelques temps déjà. En France, on ne trouvait alors que des modèles Honher. L'idée nous est venue d'essayer de fabriquer ensemble un accordéon pour chacun ; cela représentait un défi intéressant à relever. Je me suis chargé de l'ébénisterie, des mécaniques et de l'assemblage, Pierry se consacrant aux soufflets et à l'accordage.

Ces premiers instruments ont retenu l'attention d'amis musiciens de Grenoble et deux nouveaux modèles sont sortis du garage qui me servait d'atelier en cette année 1980. Le choix de transformer ce passe-temps en métier remonte à l'année suivante et à ma première participation aux Rencontres de Saint-Chartier. J'y ai fait une courte apparition, aidé par un ami luthier qui m'a gentiment prêté un bout de table pour y poser les deux accordéons que j'avais avec moi. Bilan : huit commandes.

C'est à l'occasion de ce festival que j'ai rencontré deux autres ateliers débutants comme moi dans la facture de diatoniques ; celui de l'Imaginaïre et celui du Mourier. Le début officiel de mon activité de facteur d'accordéons date donc de cet été 1981. Je suis allé rejoindre Pierry près d'Aix-en-Provence et nous avons travaillé ensemble pendant un an. Je suis revenu dans la région grenobloise en 1982 pour monter mon atelier artisanal individuel, confiant la fabrication des soufflets à un artisan italien mais continuant à collaborer avec Pierry qui a assuré l'accordage de tous mes instruments jusqu'en 1995. Ton activité est loin du système de la production industrielle qu'a connu l'accordéon à une certaine période de son histoire. Ta démarche s'inscrit plutôt dans une certaine tradition, celle des artisans facteurs d'instruments. Est-ce une volonté de ta part ?

Je n'avais aucune conscience ni volonté particulière de m'inscrire dans une tradition. Du côté familial rien ne me disposait à priori à m'engager dans cette direction.

En commençant à jouer du diatonique, et n'étant pas vraiment un grand musicien, j'ai vite été plus passionné par le fonctionnement mécanique (et un peu magique) de mon instrument que par les mélodies que je pouvais produire avec.

En faisant ce choix de fabriquer des diatoniques en France, alors que toute la production venait d'autres pays (Allemagne et Italie), il m'a paru indispensable de proposer des instruments différents si je voulais pouvoir vivre un jour de cette activité.

En clair, sachant que fabriquer en France reviendrait toujours plus cher (du fait de l'éloignement géographique de sous-traitants indispensables qui se trouvent presque tous à Castelfidardo dans la région d'Ancône en Italie) je me suis fixé comme objectif de viser un autre réseau et d'essayer de réaliser des instruments nouveaux, de haute qualité. Cette idée ne me semblait pas (et ne me semble toujours pas) compatible avec des gros volumes de production. Sur un plan plus personnel, je ne pense pas avoir une âme de patron ; je suis plutôt perfectionniste et de caractère assez solitaire. Je n'aurais certainement jamais réussi à monter une usine Travailler seul à l'atelier n'est pas tous les jours facile mais me laisse une grande liberté à laquelle je tiens beaucoup.

La facture d'accordéons fait appel à des techniques très variées. Je travaille donc avec plusieurs sous-traitants (les anches, les soufflets, les courroies en cuir sont réalisés par des artisans en Italie ; je ramène de ce pays une partie des pièces particulières, boutons, ferme-soufflet, feutre ou tissus spéciaux). Je sous-traite également l'accordage de mes instruments qui est réalisé par un maître en la matière : Philippe Imbert, installé dans les environs de Roanne. Je garde pour moi la conception des instruments, toute l'ébénisterie, la réalisation des caisses, des claviers, des sommiers et donc tout le travail de bois qui correspond à mes compétences, la mise en forme d'une bonne part des pièces mécaniques en métal et bien sûr l'assemblage de toutes ces pièces pour arriver au montage final. Ayant fait le choix de continuer à travailler seul, le nombre d'accordéons sortant de l'atelier Bertrand Gaillard est assez limité (une trentaine maximum par an) voire ridicule si on le compare à la production des entreprises italiennes du secteur. Je sais qu'en augmentant beaucoup mon volume de production, je serais obligé de demander aussi beaucoup plus et beaucoup plus de rapidité à mes sous-traitants. Je ne pourrais plus par exemple utiliser d'anches finies à la main pour mes instruments. Mon fournisseur actuel, Claudio Binci, que je considère comme le meilleur fabriquant dans ce domaine, est un artisan qui fait de superbes anches « a mano », me demande des délais importants et a lui aussi une production limitée tout se tient.

Évidemment, cette façon de travailler a des conséquences en terme de prix de revient et de temps. Pour un musicien qui me commande un accordéon, l'attente est en moyenne de deux ans. Je crois qu'il faut savoir ce que l'on veut. Je passe beaucoup de temps sur chaque instrument, je m'efforce d'améliorer toujours la précision de mon travail et la fiabilité de mes accordéons. Aussi longtemps qu'il y aura des musiciens assez exigeants pour comprendre qu'un instrument de luthier se paye un peu plus cher et pour accepter d'attendre pour une qualité qui ne peut s'obtenir dans l'urgence, je ne vois aucune raison de changer de cap. Préférer la qualité à la quantité me procure certainement plus de satisfaction que le choix inverse, à la fois dans mon travail quotidien à l'atelier et dans mes relations avec les musiciens. Si je prends un jour quelqu'un pour travailler avec moi, ce sera pour assurer la continuité de mon activité et donc former cette personne avant de prendre ma retraite. Nous n'en sommes pas encore là. Trouves-tu le temps de faire un peu de recherche ?

Il ne m'a pas toujours été facile de trouver ce temps qui me paraît indispensable et qui est le plus passionnant ; mais aujourd'hui, j'ai acquis une expérience qui diminue beaucoup la pression que je me mettais à une époque dans mon travail. J'ai appris à m'organiser de façon à avoir un rythme plus cool et cela me rend disponible pour continuer à chercher, à me pencher sur les détails qui permettent d'affiner toujours un peu plus les choses. Mes instruments se sont stabilisés, techniquement parlant, depuis une demi-douzaine d'années, et je n'ai plus, entre deux séries, de grands bouleversements dans les méthodes de fabrication comme ceux que j'ai connus à une certaine époque. Cela dit, il y a et il y aura toujours, j'espère, de quoi se poser de nouvelles questions pour ne pas tomber dans la routine. Concernant l'évolution des différents modèles que tu proposes, j'imagine que l'élaboration de ces modèles se fait en étroite collaboration avec les musiciens eux-mêmes. Certains musiciens peuvent demander des modifications importantes par rapport aux modèles standards. As-tu fixé des limites au niveau des expérimentations que peuvent te demander ces musiciens ou restes-tu ouvert à toutes les propositions ?

Disons que j'essaie toujours de me fixer des limites (ne serait-ce que pour faire autre chose de ma vie que travailler) mais certaines d'entre elles sautent sous le poids d'arguments convaincants ou d'une forte pressionje pense aux 18 basses sur trois rangs : l'idée ne m'emballait pas vraiment quand on m'en a parlé pour la première fois mais j'ai subi, après un premier refus de ma part, un tel harcèlement direct ou indirect que j'ai cédé pour avoir la paixJe dois avouer que l'idée était très bonne ; ce nouveau modèle de main gauche est plus complet musicalement et plus ergonomique. Aujourd'hui, je ne peux que me féliciter de mon manque de fermeté d'hier : j'ai beaucoup de commandes de modèles 18 basseset j'ai enfin la paix !

Malgré quelques moments de faiblesse, non, je ne suis pas ouvert à tout. Il y a des demandes qui, d'emblée, ne m'intéressent pas. Certaines exigences (surtout concernant l'esthétique) n'ont aucun intérêt, si ce n'est pour la personne qui la formule.

Je préfère passer du temps sur des sujets qui peuvent faire avancer l'instrument. Outre les idées qui peuvent surgir à l'atelier, j'essaie de capter ce qui peut être intéressant et qui repose sur des exigences solides de la part du musicien. Parlons de la collaboration que tu as eu avec Norbert Pignol et Stéphane Milleret concernant l'évolution de tes modèles.

Ne parlons pas au passé : c'est une collaboration qui remonte à 1995 mais que nous avons encore aujourd'hui et pour longtemps, je l'espère !

En 1994, j'ai remis en question une bonne partie de mes méthodes de fabrication et donc la conception de mes instruments. J'ai dessiné de nouveaux prototypes en m'efforçant de me tourner vers des solutions qui me paraissaient les plus intéressantes pour privilégier l'essentiel : le son, la précision de jeu et la fiabilité. Je me suis détaché d'une esthétique trop traditionnelle et de choix techniques que je jugeais dépassés et qui me semblaient bloquer l'évolution de mes instruments, par exemple, j'ai abandonné les touches en bois des claviers ouverts pour adopter les claviers fermés à mécaniques entièrement en duralumin, j'ai repensé les systèmes de registres, les grilles, les sommiers, etc En achevant la mise au point de ces nouveaux modèles, j'ai eu vraiment le sentiment de faire un gros bond en avant. Je crois que Norbert et Stéphane ont été sensibles à ces améliorations car ils m'ont passé leurs premières commandes quelques mois aprèsEn fait, ayant suivi l'évolution de ma fabrication d'un il lointain mais néanmoins attentif, ils ont patiemment attendu que je fasse des accordéons qui tiennent mieux la route avant de venir me rendre visite Norbert est arrivé à l'atelier avec une première exigence très simple et impérative : avoir un instrument qui ne tombe jamais en panne sur scène. C'était une demande qui paraissait évidente mais les déboires qu'il avait connus avec ses précédents accordéons l'avaient rendu assez anxieux

Nous avons, avec Norbert et Stéphane, passé pas mal de temps à discuter des plans de notes qu'ils avaient mis au point, de leurs besoins au niveau de la « main gauche », de ce qu'ils souhaitaient et de ce que je pensais pouvoir leur faire. Ce furent des échanges très intéressants et constructifs, fondés sur un respect mutuel, et nous avons pu imaginer leurs futurs accordéons assez précisément. Je crois qu'ils n'ont pas été déçus par le résultat final, car depuis cette première livraison, je les vois toujours sourire et je leur prépare pour cet été leur quatrième instrument respectif (avec la nouvelle « main gauche » 18 basses sur laquelle nous avons travaillé ensemble).

Ce type de collaboration avec deux musiciens exigeants, totalement pro dans leur démarche et de plus très sympas, est vraiment un plaisir ! Je crois que chacun fait avancer l'autre dans son domainece sont des relations rares. Je crois que tu fabriques également des mélodéons. As-tu prévu de te lancer dans la fabrication d'autres types d'accordéon ?

En ce qui concerne les mélodéons, je ne peux pas dire que les commandes affluent pour les modèles que je fabrique depuis quelques années. Je ne suis donc pas certain de continuer à travailler sur ces instruments, d'autant plus que je n'ai que très peu de contacts avec des joueurs de musique cajun ou québecoise ; ma motivation n'est pas énorme.

En revanche, il y a un projet que j'ai dans la tête depuis longtemps et qui sera sans doute le sujet de mes prochaines recherches : le bandonéon. Ce sera pour moi l'occasion de me pencher sur un instrument vraiment différent et de rencontrer des musiciens venant de nouveaux horizons.

Il est important que l'atelier tourne et que la production, même limitée, soit régulière ; mais cela comporte le risque d'une certaine routine. Pour ne pas tomber dedans, j'ai régulièrement besoin de me pencher sur la planche à dessin : ces moments de création sont les plus passionnants. Un instrument comme le bandonéon a de quoi m'intéresser pendant un bon bout de temps. Propos recueillis par M. P. Contact

Bertrand Gaillard

2 rue de la Balline

44 240 La Chapelle sur Erdre

Tél : 02 28 01 20 92 /


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