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Oedipe-Oedipe : Louis Soret ou les musiques du chaos

Entretien avec Louis Soret Que savons-nous des musiques de la Grèce Antique, et comment traiter cet obscur objet musical ? Questions posées par Oedipe-Oedipe, création théâtrale présentée à Saint-Étienne, dont Louis Soret a assuré la direction artistique. Comédien, musicien, polyglotte et polyinstrumentiste, Louis Soret poursuit ainsi ses aventures théâtre-musique au-delà de la Compagnie de l'Aloette. Louis Soret : Oedipe-Oedipe est avant tout une vraie tragédie. Jacques Roux et Michel Peroni se sont inspirés de plusieurs versions, mais c'est surtout celle de Sophocle, avec ses trois volets Oedipe à Colonne, Oedipe roi et Antigone, qui a été utilisée ici.

C'est une histoire, une espèce de fable qui réunit tous les malheurs qui peuvent tomber sur un homme : sans le savoir, Oedipe devient l'assassin de son père et l'amant de sa mère, il le découvre ensuite, réalise qu'il est l'objet d'une malédiction, d'une punition qui avait été lancée sur l'un de ses ancêtres Nous avons cherché à réactualiser la question du "destin" :

Quelle est cette charge du destin qui pèse sur l'homme ? Est-il soumis à des règles qui lui sont imposées par des dieux ou par d'autres hommes ? Oedipe-Oedipe est une représentation de la tragédie antique, mais un "témoin" est aussi présent sur scène , c'est l'homme contemporain : celui qui porte encore toutes ces traces de l'Histoire. CMTRA : Louis Soret est musicien, comédien, conteur Quel rôle tiens-tu dans ce spectacle, et comment la musique traditionnelle peut-elle intervenir dans une telle charge dramatique, au coeur de tant de souffrance ?

L.S. : J'interviens dans Oedipe-Oedipe pour apporter cette sorte d'intensité qui est contenue dans les musiques traditionnelles, et pour donner une couleur. Les costumes et la musique font ainsi référence à un Orient mythique. Je joue du nay, la flûte orientale que l'on retrouve dans toutes les cultures méditerranéennes, de la lyra, ce petit violon à trois cordes, grecque ou crétoise, et aussi des percussions, tambour davoul et tambourin.

Dans la pièce je suis un personnage un peu à part, une espèce de témoin, de porte-parole. "Le porte-parole du destin", celui qui éclaircit certaines situations et de temps en temps, "je me livre à des actes" ! : ceux qui vont être déterminants sur le destin du pauvre Oedipe. Je joue un peu le rôle du "Choeur" de la Tragédie antique. CMTRA : S'agit-il d'une musique réaliste, une sorte de "mise en situation" d'époque ?

L.S. : Je me suis efforcé de choisir des pièces musicales traditionnelles, anciennes. J'ai beaucoup de documentation à ce sujet : j'avais participé, il y a une dizaine d'années, à un colloque à Delphes où j'avais rencontré Simon Carras qui était à cette époque "le" grand musicologue grec, et qui m'avait donné ses effets sur la chanson populaire grecque. Il y a deux cassettes avec des références absolument exceptionnelles : les transcriptions, les textes. Je me suis donc servi en partie de ces documents.

Je travaille par tableaux, qui entraînent une progression jusqu'au paroxysme final. Le premier tableau est un résumé de la Création : on part de Chaos, le dieu du néant, qui va féconder Gaïa, la Terre, et qui vont engendrer toute une kyrielle de dieux. À cet instant, je me sers de bourdons et du tambour. Puis l'on arrive au fondateur de Thèbes qui lui, descend des dieux. J'entame alors une grande psalmodie, qui m'a été inspirée par les Griots africains récitant les généalogies. Le français, par exemple, ne se prête pas à cette volubilité africaine. J'ai utilisé aussi des choses que j'ai entendues en Inde qui sont des psalmodies religieuses, très fluides.

Le deuxième tableau est très différent. J'utilise la lyra : je suis une espèce de confident de Jocaste, mère et femme d'Oedipe. J'ai traité cela comme une sorte de chanson avec accompagnement, un "taqsim de lyra", sur plusieurs modes puisque plusieurs sentiments sont exposés, à la manière d'une "qacida", d'une chanson poétique. J'ai aussi adapté un chant de pleureuses , quand la peste a frappé la ville. CMTRA : Tu as donc un rôle de direction musicale, mais es-tu le seul musicien sur scène ?

L.S. : Je suis le seul musicien, mais avec huit comédiens-chanteurs de nationalités diverses (arménienne, mexicaine, grecque ). Ils chantent des chants que j'ai adaptés. La musique est effectivement très importante dans la pièce. Ce spectacle reste très abstrait. La mise en scène et le comportement des comédiens sont très stylisés, pas vraiment réalistes. Cela tient plutôt de la chorégraphie : c'est très contemporain.

La compagnie "ART'M" a été fondée par Michel et Jacques, elle existe depuis une dizaine d'années à Saint-Etienne. Cette compagnie s'est toujours consacrée à un théâtre "personnel" et contemporain.

Jusqu'à présent, les problèmes traités par leurs textes et leurs mises en scène étaient très actuels. Il y a trois ou quatre ans, la compagnie a connu un certain succès avec le spectacle Babel ou le mystère des langues qui s'est penché, d'une façon un peu littéraire, sur le problème de la communication. Il y avait sur scène des comédiens d'origines différentes, qui s'exprimaient dans des idiomes différents : toujours le problème de la rencontre avec l'autre et des différences réciproques. CMTRA : Tu connais le travail de Panaguia et de l'Atrium Musicae de Madrid, leur merveilleux disque sur les musiques de la Grèce Antique, bien que ce soit une reconstruction totale et folle Retrouve-t-on cette dimension mythique et religieuse dans votre spectacle ?

L.S. : Je connais bien sûr le travail de Panaguia, c'est très intéressant et tout à fait plausible du point de vue de la reconstitution. Le document le plus ancien que l'on possède est L'hymne delphique d'Apollon. On peut alors se livrer à plusieurs interprétations. Je me suis servi de cela, de polyphonies d'Epire, mais aussi de lamentations de pleureuses Perses, que cite Sophocle : "les pleureuses à la mode perse" J'ai utilisé également des musiques "ioniennes", c'est-à-dire turques, puisque l'Ionie est l'un des berceaux de la Grèce Antique. Je n'utilise pas d'enregistrements, je ne fais que de la musique en direct. CMTRA : Tes projets ?

L.S. : Le projet qui me tient le plus à coeur est la réalisation d'un spectacle qui s'intitule La geste d'Antar. Ce sera la récitation en adaptation française d'un poème épique arabe relatant la vie légendaire d'un héros, poète et chevalier, du VIe siècle, un personnage historique nommé Antar, l'idéal arabe de bravoure, de verve poétique et de ferveur amoureuse. Sur scène, il y aura une conteuse-danseuse, un conteur-musicien et un musicien. Le décor s'inspire de celui des conteurs de plein air du Rajasthan, les costumes, les musiques et les instruments du Moyen-Orient traditionnel.


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