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Festival Les Temps Chauds à Châtillon-sur-Chalaronne
Françoise Cartade, colporteur de curiosités

Entretien avec Françoise Cartade CMTRA : Françoise Cartade, vous êtes directrice des Temps Chauds...

Françoise Cartade : On dit cela, oui, mais je déteste ce terme qui a une connotation de "directeur sportif", je préfère le terme "colporteur de curiosités" ? CMTRA : Très bien, donc vous revendiquez le rôle de "colporteur de curiosités" avec la responsabilité de la programmation et l'organisation du festival Les Temps Chauds. Vous avez une politique tout à fait originale et volontariste de développement des publics, pouvez-vous nous en dire plus ?

F.C. : En effet, il me semble très intéressant d'aller chercher un public. Quand on veut infiltrer la campagne avec la musique et la voix, on ne peut pas le faire sans en avoir rencontré les acteurs. Alors, nous avons fait un grand travail de rencontres avec les villageois, avec les équipes municipales, avec les associations villageoises. Et, toutes ces associations qui sont souvent menés par le dynamisme du Maire de la commune, apportent au festival, leur savoir-faire, leur générosité et leur amour, tout cela à travers l'accueil du spectacle, programmé dans chacune des communes. CMTRA : Concrètement, par exemple pour la création de Lucilla Galeazzi, Antonio Placer et Paulo Bellinatti, comment se construit le travail de connexion avec le public qui entendra cette création ?

F.C. : On a fait une petite chose très simple, c'est à dire que les artistes sont hébergés, pendant leur semaine de résidence, chez l'habitant. J'ai envie de raconter l'anecdote de Lucilla Galeazzi qui a été hébergée chez une petite dame toute modeste qui a eu la joie d'accueillir Lucilla. Lucilla est arrivée chez son hôte très fatiguée, elle s'est donc reposée.

Le soir quand je suis venue la chercher pour l'emmener au restaurant du village, j'ai vu la petite dame venir vers moi en me chuchotant : "elle dort, elle dort." J'ai senti qu'à ce moment là, elle était ravie d'accueillir une chanteuse. Dans un premier temps impressionnée par sa présence, elle s'est rendue compte en l'accueillant que c'était d'abord une dame qui a aussi sommeil comme tout le monde. J'ai senti que cette personne, qui ne connaît pas le métier de chanteur, a surtout eu envie d'en savoir un peu plus, de rencontrer la chanteuse, de l'entendre parler, de partager des choses avec elle. Cette dame est donc venue samedi soir l'écouter pendant la répétition publique avec un regard nouveau, et une écoute attentive. Je crois qu'elle a été très touchée, Je pense qu'elle sera auprès de ses amis, de sa famille, un relais, et que le fait d'accueillir une artiste l'a ouverte sur un autre monde.

Cette démarche toute simple de provoquer ce type de rencontre entre les artistes qui ne demandent que cela et le public, nous permet de toucher une population d'une manière naturelle et sensible. Car avant même de chanter, c'est déjà rencontrer le coeur des villageois qui les accueillent. Avec toute cette émulsion avant le concert, je crois que pendant le concert, les artistes sont extrêmement généreux, et du coup tout le monde donne le maximum. CMTRA : J'imagine aussi qu'il y a eu une préparation en amont avec tous ces gens qui ont accepté d'accueillir des artistes, et je suppose qu'il y a eu de votre part une démarche très importante, comment cela s'est passé ?

F.C. : Je dis toujours que je suis simplement un "passeur de musique", qu'il faut quelque part "colporter" cet amour de la musique, ce que j'ai fait auprès de ces villageois. Donc, "colporter" cela veut dire prendre son bâton de pèlerin et aller dans les villages provoquer des réunions, écouter les documents sonores avec les villageois... Cela demande beaucoup de temps, de nombreuses heures passées en réunion, le soir dans 17 villages différents, puisque le festival 98 est réparti sur 17 villages.

Donc, 17 "enquêtes" à travailler, en sachant qu'il y a en moyenne 4 réunions par village. C'est à ce prix, à mon avis, que la rencontre peut fonctionner. Mais, il faut attendre les résultats pour savoir si nous avons été de bonnes ambassadrices. Les équipes locales se mobilisent quand même bien d'une façon tout à fait naturelle et généreuse. CMTRA : Comment se présente le festival cette année, au niveau du nombre des manifestations, de la durée ?

F.C. : Il y a 23 prestations sur 17 villages : concerts, Aubades, apéritifs concerts, créations parades. qui se dérouleront du 18 au 26 juillet. CMTRA : Comment est venue cette idée d'aller dans les campagnes, c'est une position fondamentale des Temps Chauds, ou bien c'est venu au fil des années ?

F.C. : L'idée est venue au fil des années, puisque le festival est né à Châtillon-sur-Chalaronne, et pendant 4 ans, il a vécu un uniquement dans la cité. Très vite, je me suis sentie piégée par le site unique qu'on retrouvait d'année en année. Comme je suis très sensible au choix des écrins, et surtout à l'itinérance du festival, sortir de Châtillon-sur-Chalaronne nous a permis de rentrer en contact avec d'autres villages et de trouver d'autres lieux d'accueil pour les spectacles. Cela change l'image des Temps Chauds d'une année sur l'autre. Le festival proposant un parcours musical, il était important qu'il propose aussi un parcours à travers les villages.

Nous offrons ainsi une découverte d'artistes et une découverte du pays de l'Ain. Et on sait que l'Ain est un département de pays divers, il est important d'en jouer. N'oublions pas que les Temps Chauds est un festival nomade. CMTRA : À propos de nomadisme, comment cela se passe au moment où, ces populations, préservées du contact de cultures différentes de la leur, découvrent tout d'un coup de nouvelles cultures ?

F.C. : Eh bien, je ne veux pas brosser un tableau idyllique de la situation, mais pour l'instant nous n'avons pas eu de problèmes. Tout s'enchaîne naturellement. Je n'ai jamais eu de braquages face aux propositions. Lorsque les artistes arrivent, les maires de communes et les villageois ont complètement intégré qu'ils vont accueillir l'autre, quelqu'un que l'on ne connaît pas et qui parle dans une autre langue. Le fait de découvrir une nouveauté les motivent, et ils accueillent plutôt les bras ouverts, tout en étant ravis d'appartenir à un terroir qui est un terroir fort, pour se mettre au service de ces gens qui viennent d'ailleurs. Voilà, donc parmi les gens qui rentrent dans ce jeu, il n'y a pas de problèmes.

À côté de cela, on sait que le festival provoque malgré tout des réactions assez bizarres : certaines personnes s'interrogent sur la nécessité de faire venir ces artistes qui viennent de loin, pour chanter chez elles. Mais, ces gens-là ne sont absolument pas intégrés dans les Temps Chauds. Tous ceux qui se sont mobilisés dans les villages pour accueillir ont cet état d'esprit, "j'accueille l'autre, je lui ouvre la porte et je suis fier de lui ouvrir ma porte". CMTRA : Par rapport à l'accueil, Lucilla, Paulo et Antonio font très souvent la métaphore culinaire autour de leur rencontre musicale, et le département de l'Ain est en grande majorité réputée pour la bonne chair, est-ce que cette dimension se retrouve dans les échanges ?

F.C. : Oui, elle a même une grande place. C'est vrai que les villageois qui les accueillent ne font pas que d'ouvrir leur porte, sortir des chaises ou des bancs, ils savent aussi cuisiner. Ils aiment bien manger, et boire un petit coup. C'est quand même autour de cela que les bonnes relations naissent !

Autour d'un bon verre de vin, on se parle, on s'écoute et on se découvre. Donc, ils leur proposent des gourmandises. Je crois que c'est la "bonne bouffe", les petites gourmandises qui sont les piments de la rencontre. C'est nécessaire, c'est un peu "casser les derniers verrous", et c'est un événement important du festival. Cela permet aussi aux villageois de sortir un peu de l'assiette du terroir : ils se cassent la tête à essayer de trouver des gourmandises en adéquation avec le pays d'origine des artistes invités. On se décarcasse, on recherche des recettes dans les bouquins, on appelle des restaurants spécialisés, on échange des recettes, puis on teste, et cela permet d'en savoir un peu plus sur l'environnement des artistes. On se met à parler du pays, et, quelques fois, dans les années suivantes, on fait le voyage dans le pays d'artistes qui sont passées aux Temps Chauds.

Actuellement il y a une équipe qui avait accueilli l'année dernière des tziganes de Hongrie, et qui s'apprête à organiser un voyage qui les amènera dans le village des tziganes, et cela a commencé par une histoire toute bête de cuisine.



Les Temps Chauds : Châtillon-sur-Chalaronne (01)

Du dimanche 19 au samedi 26 juillet

Musiques bleu soleil, voix d'ici, voix d'ailleurs... Programme :

Voir page festivals Renseignements :

Tél : 04 74 55 03 70


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