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Langue d'Oc

Joannès Dufaud publie son "Dictionnaire français Nord-Occitan" CMTRA : Joannès Dufaud, vous venez de publier le "Dictionnaire Français-Nord-Occitan", et vous avez pour cela, reçu une récompense importante...

Joannès Dufaud : Oui, cela a été la surprise de cette nouvelle année, de cette fin de siècle et peut-être même de la fin de vie, car je ne suis plus très jeune... Jean-Pierre Huguier, mon éditeur, avait envoyé quelques exemplaires au concours annuel de Toulouse de la langue occitane.

A Toulouse nous étions 6 ou 7 récipiendaires, dont Michel Plasson, directeur de l'Orchestre du Capitole . Le prix que l'on m' a remis n'est pas d'ordre financier, c'est simplement un éloge écrit, un témoignage, un diplôme de la ville de Toulouse. Ce dictionnaire m'a demandé au moins 6 ans de rédaction.

Autant, la "version", de l'occitan au français, est facile, autant le "thème" est complexe: par exemple pour dire "un chemin", il y a plusieurs façons... si c'est un chemin creux, on dira "una crosa", si c'est un sentier de chèvres, on dit "un violet", la "draille", que sais-je encore... Alors, parfois cela vous réveille la nuit, un oubli... on se lève et on le rajoute tout de suite... CMTRA : Ce sont des mots que vous avez recueillis essentiellement en Ardèche ?

J.D. : J'avais fait un premier dictionnaire, "L'Occitan Nord-Vivarais, région de La Louvesc", que j'ai voulu élargir : la langue est la même dans le Velay par exemple, et le nord de l'Occitanie. On peut très bien se faire comprendre de Die jusqu'à Périgueux sans problème. Bien sûr par rapport au Midi, le "c" de "canto", chez nous devient "che", "je chante". Mais on peut parler en occitan avec les gens du Midi, on peut même chanter .

L'intérêt de ce Prix de la ville de Toulouse n'est pas tellement pour moi : j'ai été très aidé par mes frères mes soeurs, par des amis, par des spécialistes et je crois que c'est une oeuvre collective. Et puis, il y a des illustrations, par exemple de Mr Dürrenmatt, ou les dessins de Michel Carlat. Je crois que cela contribue à la beauté d'un ouvrage.

Je pensais tout à l'heure aux jeunes qui s'attellent à l'occitan, et qui en abordant cet ouvrage diront : "Ah, mais c'est vieux, c'est dépassé, c'est rural !", oui, oui... mais je dirai aussi qu'il y a la psychologie de l'Homme, il y a l'Homme dans ce dictionnaire. Et j'espère que l'on consentira à ce que j'ai essayé de faire : un dictionnaire vivant, et non pas simplement une oeuvre archéologique. CMTRA : Les lecteurs de la Lettre des Musiques Traditionnelles connaissent bien votre travail sur la chanson : d'une part vous avez participé à plusieurs Atlas Sonores comme chanteur, d'autre part vous avez publié plusieurs recueils de chansons d'Ardèche, dont certains sont épuisés. Où en est ce travail ?

J.D. : Une quarantaine de documents me sont arrivés depuis la dernière publication c'est à dire le volume IV, avec de très belles chansons recueillies en Ardèche : Là aussi je vais élargir ma publication, et l'étendre à toute l'Ardèche. Cette région qu'on appelle le Bas-Vivarais, chez nous "l'Ardèche à l'huile", a beaucoup contribué au progrès des chômeurs, et certaines chansons parlent de cela, et vaut la peine d'être publié. Quant à la graphie choisie...

Au début j'écrivais l'occitan d'une façon affreuse, car j'avais imaginé une graphie plus ou moins phonétique, comme on faisait chez nous autrefois dans nos carnets! J'ai appris que la langue occitane avait des lois avec un système de graphie bien arrêté. J'ai adopté la graphie officielle, qui permet à un plus grand nombre de lecteurs de nous lire, de Nice jusqu'à Périgueux et au sud de la France, sans problème. CMTRA : Vous parlez souvent de votre famille et de vos origines rurales , êtes-vous allé directement puiser à ces sources ?

J.D. : Oui, j'ai gardé les vaches, les moutons lorsque j'étais enfant... Je viens d'un tout petit village situé près de la Louvesc, avec beaucoup de légendes, où parfois les curés sont chahutés! Il faut être de là-haut, de la montagne, pour connaître toutes les histoires qui me sont arrivées, il y a toute une tradition vivante... Mon grand-père est né en 1836, et oui, on ne le croit pas ! Maman était musicienne, et elle allait "en champ" avec mon grand-père, qui jouait de la cornemuse ou "chabreta"... Je ne l'ai jamais vue cette cornemuse, mais on en parlait... Ils chantaient toutes sortes de chansons, y compris les chansons de la Révolution française. Parfois j'entendais maman chanter "Dansons la carmagnole", et je me disais "où est-ce qu'elle a pu apprendre cela, dans ses montagnes !", mais elle la savait de son père tout simplement, né en 1836, et qui connaissait les chansons de la Révolution, et de l'Ancien Régime. C'est extraordinaire, non ?.

Ils vivaient à St-Pierre-sur-Doux, ou "St-Pierre-des Macchabées" comme on disait à l'époque, les martyrs d'Israël. A côté se trouve le petit village de Saint-André-les-Efangeâts : maintenant c'est devenu "Saint-André-en-Vivarais", cela fait plus chic! On pensait que c'était "la fange", ce qui n'est pas très joli, mais en occitan le sens du mot est plus poétique et donne des indications, il a une mémoire: Il y a des familles Efangeât à côté de Saint-André, un hameau porte ce nom aussi : ce mot veut dire "les marais, le lieu humide". Vous savez, lorsque vous allez cueillir des jonquilles, ou des narcisses au printemps, vous allez dans ces marais, et vous voyez des tas de gens qui reviennent le soir, chargés de fleurs coupées dans leurs voitures... "Les Efangeats", ce n'est pas si mal ! CMTRA : C'est votre terroir: dans votre enfance, la langue d'oc était-elle encore beaucoup parlée ?

J.D. : On parlait naturellement en langue d'oc, en "patois" comme on disait, si bien que beaucoup d'enfants, en allant à l'école, entendaient pour la première fois le français. Mon père était allé très peu à l'école : on quittait l'école au mois de mars, quand il fallait sortir les brebis, les vaches, il fallait aller en champs, et puis on reprenait l'école au mois de novembre, après avoir arraché les pommes de terres. Alors, cela leur faisait trois à quatre mois d'école : pourtant je pense qu'ils en profitaient pleinement !

Mon père parlait très bien les deux langues, et sans faire de fautes de syntaxe. Ce qui n'était pas le cas de tout le monde!.. Je pense à une petite histoire : Quand Jean XXIII était venu en Ardèche, et monté à La Louvesc, à 1000 mètres, il était un peu farceur. Il est allé dire bonjour à celui qu'on appelle chez nous "le Beudet", "le gros Chaseau", parce qu'il avait un embonpoint assez visible, comme le Pape d'ailleurs ! Quand il a vu arriver ce personnage avec du violet partout, et de toutes les couleurs, il lui a dit en patois "sies benleù lo Pape?", "vous êtes peut-être le pape ?"... et Jean XXIII lui répondit ceci : "pas encara !"... (rire). Occitan, latin, italien, français sont des langues si proches. CMTRA : Vos recherches musicales vous ont-elles orienté vers les chants populaires recueillis par Vincent D'Indy ?

J.D. : On ne connaissait pas Vincent d'Indy à La Louvesc. Vincent D'Indy n'est jamais venu dans nos campagnes: s'il était venu, il n'y aurait pas les quatre volumes que j'ai publié!.. Il en a coupé de bien belles, mais je ne dis pas les meilleures (rire). Donc, je l'ai connu très tard lorsque je faisais mes études, j'étais dans la région parisienne, comme étudiant, on allait dans les hôpitaux, dans les maisons de retraites pour donner des soirées. Moi j'y allais de la chanson traditionnelle, bien sûr, et c'est à Paris que j'ai acheté les deux volumes de d'Indy, qui avaient été édités pour l'Exposition de 1900.

Ces deux bouquins m'ont effectivement beaucoup aidé. De temps en temps je chantais quelque chansons à Maman, et elle me disait, "hum, nous on ne chantait pas comme cela"... Il a été l'inspirateur du travail d'une vie... et un véritable amoureux de la chanson populaire. Joannès Dufaud, collecteur, chanteur, écrivain Propos recueillis par E.M. Le "Dictionnaire français Nord-Occitan" de Joannès Dufaud est édité par Jean-Pierre Huguet. Les 4 volumes des "Chansons populaires du Haut-Vivarais" sont disponibles au CMTRA (voir notre catalogue VPC) On peut entendre Joannès Dufaud sur les Atlas Sonore n°1 (Ieu savo una chançon, n°5 (Haut-Vivarais), n°7 (Les Chants de la Soie).


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