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Dernières tendances de la danse (dans les sociétés "post-trad")

La Fédération des Associations de Musiques et Danses Traditionnelles (FAMDT), en partenariat avec la MJC de la Tour du Pin ("Le Folk des Terres Froides"), avec le soutien du Ministère de la Culture et du Ministère de laJeunesse, de l'Education Nationale et de la Recherche, propose une Université d'automne : "Formation de formateurs à l'ethnologie et à l'histoire de la danse traditionnelle". 24 octobre-1er novembre 2003, au Domaine de Buffières, Dolomieu (38). Entretien avec Yvon Guilcher, ADP (Atelier de la Danse Populaire), et Lionel Dubertrand, formateurs, membres de la commission Danse de la FAMDT. CMTRA : Quelle est la filiation des approches scientifiques en danse? Y aura-t-il prochainement selon vous des tournants importants dans le positionnement des chercheurs?

Yvon Guilcher : En ce qui concerne la danse traditionnelle en France, je ne connais pas d'autres publications scientifiques que celles de J.-M. Guilcher. Il est donc problématique de chercher des "filiations". Pour ce qui est des "tournants", ils peuvent être de deux ordres.

D'abord, ils peuvent tenir à la transformation de l'objet d'étude : les grandes enquêtes fondamentales de la génération Van Gennep, Coirault, Braïloiu, ne sont plus possibles aujourd'hui, leur terrain a disparu. Ce qui reste possible, c'est la collecte de répertoires au sein d'une pratique post-traditionnelle et ça, je ne vois pas pourquoi ça devrait s'arrêter. Les enquêtes proprement dites restent envisageables, mais elles obligent désormais à basculer de l'ethnologie dans l'histoire. Ou alors à osculter le présent en sociologue. Un second type de tournant tient à un renouvellement de la curiosité du chercheur. Par exemple, dans les années 60, beaucoup se sont convertis à une approche structuraliste et F. Lancelot estimait que la sémiologie était l'avenir de la recherche en danse. Tout ça est resté sans lendemain, mais en revanche on a vu le terme de "tradition" recevoir un contenu nouveau. Depuis le XIXe siècle, la tradition, pour tout le monde, c'était un ensemble de coutumes, d'œuvres et de pratiques, dont chacun s'accordait à penser qu'elles étaient reconduites de génération en génération, sans changement notable, depuis un passé très reculé. J.-M. Guilcher a été le premier à attirer l'attention sur la tradition en tant que processus de transmission dans un milieu particulier (j'insiste sur " milieu particulier "), suggérant que la danse traditionnelle avait une histoire qui impliquait les mentalités sociales. Depuis, on est tombé dans l'excès inverse : la tradition, de tout temps, aurait été évolutive. Cette conviction-là n'est pas du tout un enseignement de la recherche. Elle n'est qu'une bienséance idéologique du moment. L'idée d'une tradition qui s'inventerait en se partageant ne vous séduit pas...

Y. G. : Elle me séduit, à une condition : qu'on remplace "tradition" par "pratique". La preuve : j'ai fabriqué des centaines de chansons et d'airs à danser, inventé des danses, harmonisé des tas de compos pour le bal chanté. Tout cela, je l'entends jouer dans les bals, sur des disques. Des groupes folkloriques ont mis à leur programme des bourrées que j'ai faites, on a même recueilli une de mes chansons auprès des sœurs Goadeg. Mais ces inventions et ces partages n'ont rien de traditionnel. Ce que les ethnologues appellent "tradition", c'est le fonctionnement de l'ancienne civilisation paysanne. Nous, nous faisons autre chose autrement. Alors, disons-le.

Lionel Dubertrand : Nous ne pouvons plus pratiquer l'ethnologie telle qu'elle a été conçue au début et au milieu du XXe siècle. La discipline a dû s'adapter aux sociétés complexes. Les chercheurs en danse se retrouvent dispersés dans différentes disciplines et les recherches sont loin de couvrir les divers champs relatifs à la danse tels que J.-M. Guilcher les a abordés. La disparition de ces sociétés a permis à l'ethnologie d'ouvrir profondément son champ d'étude et ses références. Où en est l'enseignement universitaire de l'ethnologie de la danse (à Paris VIII, à Nice Sophia-Antipolis...), comment est-ce que les formateurs en danse traditionnelle se nourrissent de la recherche ?

Y.G. : J'enseigne à Paris VIII. Ce qui a pu se faire à Nice, je n'en suis pas assez informé pour en parler. D'autre part, mon enseignement ne concer-ne pas la danse, mais seulement son histoire. L'enseignement de la danse traditionnelle se fait ailleurs, au sein de ce qu'on appelle le "revivalisme" et il ne se nourrit pas prioritairement de la recherche : dans le meilleur des cas, il ne la connaît que de seconde main. Il s'alimente plutôt de "collectages" ponctuels - dont la portée reste à apprécier cas par cas - et surtout de l'enseignement dispensé à l'intérieur du revivalisme lui-même, par des stages, ateliers, animations, des "fiches techniques". Le revivalisme ne diffuse pas la danse traditionnelle, mais l'idée qu'il s'en fait, une idée mal informée. Les gens se montrent certes accueillants à l'exposé historique mais ne sont pas forcément curieux d'ethnographie, de méthodologie, d'épistémologie. Au total, l'exposé du chercheur a peu de moyens d'infléchir la pratique.

L.D. : Il est vrai que les enseignants passent à côté de données précieuses. Lorsqu'on enseigne la danse, on touche au corps, au psychisme, d'autres disciplines sont tout aussi indispensables (anatomie, didactique, psychosociologie...) et prises en compte depuis longtemps dans d'autres formes d'expressions corporelles. Selon vous, quels facteurs ont donné lieu aux renouveaux de pratique les plus réussis ?

Y. G. : Tout dépend de ce qu'on entend par "pratique". Un groupe folklorique, un bal folk, les stages de l'ADP, tout cela relève indiscutablement d'une pratique de la danse traditionnelle. Mais ça n'a plus rien à voir avec une "pratique traditionnelle de la danse" : celle-ci était liée à la culture de civilisations paysannes en France. Elle a pu survivre jusqu'aux années 20, pas au-delà des années 30. Ce qu'on recueille aujourd'hui dans les campagnes ne relève plus d'habitudes partagées par tous, mais de souvenirs réactualisés par quelques-uns (des "informateurs"), voire de relances délibérées. Je ne vois de "renouveaux" que revivalistes : nous récupérons des répertoires, transplantés dans une société non paysanne et les transmettons par enseignement - mode de transmission non traditionnel.

L.D. : Les classes citadines ont fait des danses traditionnelles une pratique de loisir, tel qu'on peut le concevoir à partir des années 50. Dans le Béarn, j'ai pu observer différentes appropriations des sauts et des branles. Les branles s'apprenaient par imprégnation et les sauts s'enseignaient traditionnellement avec un maître à danser. S'en est suivi un enseignement associatif dogmatique. Entre temps, et ce n'est pas sans lien avec le début des consciences d'identités locales ou régionales, des "vieux" ont transmis leur répertoire aux plus jeunes. Dans notre société post-traditionnelle la danse a trouvé d'autres fonctions. Les modes de transmission, les occasions de pratique se sont "déplacés", les styles ont changé. Quel regard peut-on porter sur le bal comme fait social aujourd'hui ?

Y.G. : J'ai beaucoup contribué à la naissance et à l'essor du bal folk. Mais je suis conscient qu'il n'est qu'une concession aux conditionnements de notre société. Je me réjouis donc du succès du bal, mais je sais que - tout comme le spectacle scénique - il est une trahison des raisons d'être de la danse traditionnelle. A mes yeux, il appelle au moins des compléments, sous forme de pratiques parallèles dans un tout autre cadre.

L.D. : Le déroulement du bal n'est plus celui qu'ont pu nous décrire nos informateurs. La tendance veut qu'on danse en "tas", telle une nébuleuse tournant dans la salle. En atelier, c'est un tout autre plaisir. La structure du bal dans les sociétés traditionnelles n'était sans doute pas étrangère à ce plaisir de la danse. Yvon Guilcher, quel avenir souhaitez-vous aux pratiques et à la recherche en danse traditionnelle ?

A la pratique, je souhaite longue vie. Je souhaite qu'elle reste récréative, descende des podiums, devienne indifférente à tout vedettariat et se montre plus soucieuse de musique qu'elle ne l'est actuellement. Je souhaite qu'elle se gagne des espaces nouveaux dans la vie quotidienne de tout le monde. Enfin, je la voudrais plus exigeante en information ethnographique, en qualité de mouvement, en pédagogie.

À la recherche, je souhaite des chercheurs qui aient une compétence égale à celle des grands prédécesseurs. Quels sont les objectifs visés par la commission danse de la FAMDT, organisatrice de l'événement avec ses relais locaux (le Folk des Terres Froides et Véronique Elouard, danseuse professionnelle de la Cie Talon Pointe) ?

Y. G. : Les membres de la commission danse de la FAMDT sont auto-désignés et cette commission est disparate. Ne me sentant pas solidaire de toutes ses décisions, je ne peux exprimer que mon point de vue personnel : l'"université d'automne", à mes yeux, n'apporte qu'une information grand public et ne saurait se prétendre "formation de formateurs". L'information historique qu'elle inclut reste encore succincte et n'aborde pas les questions méthodologiques - contrairement à ce qui avait été initialement prévu. Cela supposerait une durée, des exigences et une qualification de l'encadrement dont notre revivalisme n'a actuellement ni le souci ni les moyens.

On est impatients d'instaurer un "diplôme d'état [DE] en danse traditionnelle". Comme beaucoup d'instructeurs y sont opposés (dont moi), on tente d'y arriver sans faire de remous, par approximations successives. Je suis constructif en m'impliquant dans cette université d'automne. Mais je ne suis pas l'architecte du projet, auquel j'apporte ma pierre et je ne sais pas à quel usage est destiné l'édifice. Il serait sage de continuer à réfléchir à des alternatives, en acceptant de voir ce qui ne va pas dans la situation actuelle, et je ne parle même pas de la pédagogie.

L.D. : La commission danse de la FAMDT est en cours de restructuration. Toute personne retransmettant la danse et désireuse de s'impliquer peut faire partie de cette commission. Nous espérons pouvoir un jour créer une rencontre sur la pédagogie et d'autres thématiques indispensables aux formateurs. Ce projet de formation a vu le jour bien avant que le débat du DE ne s'engage. Censée apporter des connaissances sur la danse dans la société traditionnelle et au-delà, elle fait partie du parcours de formation d'un formateur. Le DE en danse traditionnelle est une autre histoire, à laquelle je suis favorable. Propos recueillis par V.P. FAMDT

tél : 05 49 95 99 90 / [famdt@district-parthenay.fr->famdt@district-parthenay.fr]

Programme complet de cette formation : [www.famdt.com->www.famdt.com ] ou [www.cmtra.org->www.cmtra.org]


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