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La vielle en Rhône-Alpes...
Une nouvelle génération s'impose

Entretien avec quelques viellistes singuliers Yann Gourdon

La matière sonore de la vielle à roue CMTRA : Tu interviens à la vielle à roue dans une série de projets musicaux, peux-tu nous les décrire ?

Yann Gourdon : Je joue dans deux groupes de musique traditionnelle : DJAL, basé à Grenoble avec qui je joue depuis sa fondation il y a 7 ans, et dont le premier album est sorti en juillet 2000. C'est mon père, Daniel Gourdon, violoniste de ce groupe qui m'a entraîné avec eux dès l'âge de 13 ans, et c'est comme ça que j'ai démarré la scène.

L'autre groupe, c'est Vach'Inton(.g) que l'on a monté il y a un an, avec Jérémie Mignotte, Lucille Brissé et Yves Perrin. On essaye de faire du bal folk, mais ce n'est pas forcément facile, on n'a pas tous un passé de danseur, et certaines compositions peuvent surprendre les danseurs avertis.

Autrement, je fais de la musique improvisée depuis deux ans. Je la pratique notamment en duo avec Guillem Lacroux (guitare électrique), mais aussi en trio avec Laurent Vichart (clarinettes) et Xavier Saïki (guitares), qui sont tous les deux membres de la Tribu Hérisson. Depuis juin 2000, je présente aussi un "spectacle" en solo, dont le principal souci est un travail sur la matière sonore. Pour cela j'ai longuement travaillé sur mon instrument (une vielle électroacoustique de Denis Siorat), à rechercher des modes de jeu et à me constituer une palette de sonorités qui est plutôt impressionnante sur la vielle. Cette démarche "expérimentale" m'a amené à travailler avec Yannick Chapuis, qui, en concert, spatialise le son avec un dispositif de huit haut-parleurs installés autour du public. Par ailleurs, j'ai découvert la musique médiévale qui m'intéresse beaucoup, certainement parce que l'origine de la vielle est très liée à cette musique.

J'accompagne donc un ensemble vocal, &laqno; Les Chantres de Saint-Hilaires », dans la région de Bordeaux qui interprète des chants religieux du IXe au XIIe siècle. Je tente aussi de monter un petit groupe de chants de troubadours, mais nous avons un peu de mal à démarrer à cause de la langue occitane qu'aucun de nous parle.

Je travaille aussi avec un metteur en scène de Clermont-Ferrand, Dominique Touzé qui dirige la compagnie "Le Wakan Théâtre". On travaille ensemble depuis septembre 2000. À l'origine, il m'a contacté en tant que directeur artistique des "Fêtes du Roi de l'Oiseau" du Puy-en-Velay pour un projet incluant un instrument d'époque Renaissance, mais qui soit traité de manière très contemporaine.

Depuis je travaille avec lui pour son prochain spectacle, "Oraison", avec deux comédiens et un couple de danseurs chorégraphié par Lionel Hoche, avec qui je devrais travailler très prochainement sur d'autres projets. CMTRA : De quel style de vielle joues-tu ?

Y.G. : Je joue de la vielle électroacoustique qui pour moi est un instrument complètement différent de la vielle acoustique parce que j'ai une démarche qui va dans le sens de l'électroacoustique. Ce qui m'intéresse, c'est de rechercher des sonorités "inouïes" sur l'instrument, d'utiliser l'amplification de l'instrument pour chercher des sons qui en acoustique seraient difficiles à obtenir. Je fais bien une différence entre ces deux instruments, ces deux démarches-là. CMTRA : Avant d'en arriver à la vielle électroacoustique et même à la vielle acoustique, comment es-tu arrivé à la vielle ?

Y.G. : Mon père est musicien, violoniste. J'avais commencé le piano très jeune, et un jour, il a ramené des disques de vielle, et là je lui ai dit : "C'est ça que je veux faire !". Il était très content, évidemment, et il a tout de suite appelé son ami luthier Denis Siorat pour lui commander une vielle.

Ensuite, j'ai pris des cours avec Isabelle Pignol pendant deux ans à Grenoble, ce qui m'a déjà orienté vers un style de jeu viellistique particulier. Puis un jour, j'ai entendu un disque de Valentin Clastrier, je me suis d'abord demandé ce que c'était, mais après plusieurs écoutes, j'ai fini par vraiment aimer ce qu'il faisait. J'ai su qu'il encadrait des stages, et je m'y suis donc inscrit. C'est là que j'ai eu le déclic et que je me suis mis à travailler à fond. Au début, pour améliorer ma technique, et petit à petit, j'ai commencé à fouiller l'instrument, à le brancher sur des amplis, et à m'amuser avec les sons que je trouvais, d'abord tout seul, puis avec des copains qui jouaient du jazz ou même du rock progressif, et enfin, depuis presque trois ans, en musique contemporaine. CMTRA : Sans trahir les secrets techniques que chaque vielleux électroacoustique garde pour lui, comment trouves-tu ces sons ?

Y.G. : J'ai beaucoup travaillé à partir d'improvisations, je prenais ma vielle, et je me laissais aller à improviser pendant des heures. Mais j'ai aussi fait plusieurs essais de cordes, et finalement je n'utilise plus que des cordes métalliques sous-tendues, c'est-à-dire qu'elles sont très souples et cela m'a permis de trouver plein de modes de jeu (micro tonalité, jeu avec les doigts directement sur les cordes, jeu en harmoniques, etc.) autres que les modes de jeu traditionnels. J'utilise aussi beaucoup les cordes sympathiques, et j'ai fait quelques expérimentations avec divers objets (trombones, vis, tige métallique, archet, etc.), m'inspirant du piano préparé de John Cage, un compositeur américain.

Ce serait vraiment long de rentrer dans les détails de tout ça, de tout ces "bidouillages", d'autant plus qu'il faudrait pouvoir les entendre pour se faire une idée de ce que ça peu rendre. En tout cas je peux dire que je me suis amusé pendant plusieurs heures, comme un enfant, à tirer sur ces cordes tendues, sur ce morceau de bois, à traquer à l'intérieur de l'instrument le moindre bruit intéressant, et tout ça amplifié par quelques capteurs.

Par contre, j'essaye de ne pas utiliser de traitement électronique, du moins pour le moment, et de produire tous les sons avec la vielle uniquement. Je dois dire que les sons obtenus sont très impressionnants. Moi-même je m'étonne encore d'en trouver de nouveaux. Il y a vraiment à faire avec une vielle, contrairement à certains préjugés que certaines personnes peuvent avoir. CMTRA : Si je comprends bien, pour dégager des sonorités nouvelles sur une vielle à roue, il faut la démonter ?

Y.G. : Non, je ne la démonte pas. C'est vrai que je joue parfois d'une manière assez violente, mais l'instrument n'en pâtit pas du tout, ce sont les cordes qui souffrent pour l'instrument. Je fais une grande consommation de cordes, c'est vrai ! CMTRA : Avec tous ces sons, qu'est-ce que tu fais ?

Y.G. : Ces sons ne me permettent pas de faire une musique constituée de notes et de mélodies. C'est une musique de sons, qui se rapproche de la musique électroacoustique ou musique concrète (non instrumentale, sur un support audio). C'est un travail sur la matière sonore. CMTRA : Est-ce que cela a un rapport avec ta présence à l'ENM de Villeurbanne ?

Y.G. : Je suis effectivement arrivé à l'ENM en m'inscrivant dans la classe de composition électroacoustique avec Bernard Fort. J'y ai ensuite découvert l'improvisation libre avec Philippe Madile, avec qui j'ai aussi travaillé sur les claviers électroniques et échantillonneurs. Je suis maintenant dans la classe de composition contemporaine avec Alain Besson, dans laquelle j'ai une démarche personnelle, puisque je n'ai pas une grande culture de la musique classique et de l'écriture.

Je travaille beaucoup sur l'oralité et sur des démarches d'improvisation, toujours dans l'idée de créer des matières sonores, avec d'autres instruments plus classiques mais toujours amplifiés. CMTRA : Quels sont tes projets ?

Y.G. : Le spectacle en solo que je commence juste à mettre en place, j'ai fait pour l'instant deux concerts. Un dans un festival de musiques contemporaines à Clermont-Ferrand, et il y a quelques semaines au "Kafé Myzik", à Lyon. Sinon, je travaille sur plusieurs projets de composition : un quatuor à cordes amplifiées avec en plus une bande son, le tout diffusé sur un dispositif de haut-parleurs ; un trio pour piano préparé et amplifié, guitare électrique et vielle électroacoustique préparées, construit autour du texte radiophonique d'Antonin Artaud "Pour en finir avec le jugement de Dieu", réalisé en 1947 et jamais diffusé sur les ondes (trop subversif pour l'époque).

Puis, deux pièces acousmatiques, la première qui s'appelle "Monochrome bleu aux éponges", clin d'il à Yves Klein, et la seconde qui n'est pas encore terminée. Il y a aussi un projet de prototype avec Denis Siorat, une vielle équipée d'un capteur par corde qui devrait me permettre d'utiliser encore mieux toutes les possibilités de l'instrument. Propos recueillis par J.B. Contact

Yann Gourdon

Tél : 06 63 61 39 21 DJAL - Stéphane Milleret - Tél : 04 76 43 37 69

www.mustradem.com VACH'INTON (.G) - S. Osternaud - Tél : 04 78 33 36 34

[http://vachinton.free.fr->http://vachinton.free.fr]

Wakan Théâtre - Tél : 04 73 63 11 31 Guilhem

Vielle à roue + Internet CMTRA : Guilhem, tu as fait le choix de la vielle à roue et de l'Internet : pourquoi ces deux passions ?

Guilhem : Musicalement, l'idée est simple : mêler musique actuelle et son ancien, riche en harmoniques. On a longtemps dénigré la musique à basse continue, alors que je pense que c'est une musique ouverte sur de nombreuses harmonies, et avec beaucoup de liberté. Prendre cette musique ancienne et la fusionner avec des musiques actuelles, je pense que c'est un travail intéressant, mais pas du tout une science exacte ! On est confronté à deux mondes différents, un monde néo-jazz basé sur un 4/4 ou sur du bebop, ou du rythme ternaire, et un autre monde beaucoup plus ancien où il existait une grande liberté du musicien, avec une grande part d'improvisation. Il est possible de choquer lorsque l'on fait communiquer ces deux mondes, surtout si on utilise des harmonies aléatoires, nouvelles.

Quant à l'Internet, c'est à mon avis le meilleur moyen de promotion, plus rapide et plus direct que n'importe quel autre support actuel, à part la télévision bien sûr. L'Internet n'est pas dans les caves, mais dans les cables ! et il se crée actuellement une nouvelle société parallèle qui résonne en électronique, et qui a trouvé l'accès à un champ infini de connaissance, avec du bon et du mauvais. Ce que je préfère dans la communication Internet, c'est la part de hasard qui amène des gens sur mon site et qui découvrent ma musique sans y être préparés. Ma musique est lancée sur le web un peu au hasard, et j'ai 1200 connexions par semaine depuis deux mois et demi, mieux que n'importe quel concert ou mailing promotionnel. On peut télécharger mes chansons en format compressé. J'utilise Dreamweaver et du MP3 pour construire mon site, comme tout le monde. J'ai ainsi une centaine de chansons qui sont parties au Canada, aux USA ou au Japon. On me propose des liens promotionnels, des achats d'espace sur mon site, ou le contraire, c'est vraiment un nouvel espace du bizness musical.

Quant aux musiques, j'enregistre tout ici sous Cubase ou Cakewalk, dans mon home studio, vielle à roue, claviers, percussions, violon, chant, et c'est un ami guitariste qui fait les parties d'impro. Et je mets tout ça en ligne. CMTRA : Et ton parcours musical ?

G. : J'ai commencé par la guitare à 15 ans, puis la basse, avec divers groupes rock ou pop, à Lyon pendant trois ou 4 ans. Ensuite, j'ai travaillé à Paris, j'étais un musicien de studio de Variétés, j'ai fait des bals et du Club Med !, J'ai travaillé avec Liane Foly pour qui j'ai fait quelques chansons, on a fait des scènes et du spectacle.

Et un jour j'ai dit stop car ce monde de la Variété est très difficile : il n'y a pas de moyenne dans ce genre musical : il y a une élite, légitime ou pas du point de vue artistique, mais qui peut être chacun d'entre nous en fonction des circonstances, de l'argent, de la chance ou de l'ambition, et aussi de l'originalité du propos artistique. Moi, je crois que je n'avais aucun de ces paramètres à l'époque, donc j'ai décidé d'arrêter ! J'ai rencontré alors l'équipe des Pennons de Lyon, je suis rentré dans cette troupe, et j'ai découvert la vielle à roue. J'ai cherché partout comme un fou où étaient les vielles dans notre région : n'oublie pas que je viens d'un milieu musical situé à des années lumières du folk ou du trad ! Et j'ai appris qu'on jouait cet instrument en Auvergne, sans savoir qu'ici dans l'Ain il existait une tradition, à quelques kilomètres de chez moi ! J'ai rencontré le luthier Jean Claude Boudet à Vichy, et j'ai acheté ma première vielle. Et j'ai commencé à comprendre que c'est une musique en pleine évolution.

J'avais la position de l'extra-terrestre, qui découvre une musique et qui ose la jouer, et petit à petit j'ai constaté que ma démarche intéressait énormément de monde. Et que ma façon d'approcher la vielle à roue, de l'harmoniser ou de chanter avec mon style rock-variétés pouvait choquer mais aussi séduire dans toutes sorte de milieux, du trad au médiéval en passant par les "zic-zac" (musiques actuelles). CMTRA : Tu revendiques l'inscription de ta musique dans les &laqno; Variétés » ?

G : Oui, une forme de Variétés. En fait, on ne maîtrise pas toujours ce que l'on fait. Les leçons de mes expériences précédentes m'ont servi. Je jouais dans un groupe qui s'appelait "Bleu Carat", signé par une maison de disques, etc. On était obsédé par le fait de faire quelque chose qui marche, très commercial : on a vendu très peu, on s'est fait jeter, c'est la loi du business des Variétés, dont on voit aussi les limites.

En mûrissant, j'ai eu une autre approche : la musique c'est quelque chose qui est profond, sentimental. Il faut faire vraiment ce qu'on a envie de faire, et même si cela reste dans une esthétique "Variétés", ou chanson française, je poursuis cette voie sans l'obsession du succès ; et finalement tout le monde s'y retrouve. Je mêle l'aspect passionnel de la musique traditionnelle et des musiques anciennes, et le côté populaire et accessible des Variétés, et sans le vouloir, de manière intuitive, je les ai fusionnés. C'est ce qui fait ma musique, entre vielle à roue et Internet. Propos recueillis par E.M. Contact

Guilhem

Tél : 04 74 61 98 38

[jfguil@net-up.com->jfguil@net-up.com] / [www.jguilhem.com ->www.jguilhem.com] Thierry Nouat

"Je ne regrette pas Wazoo" CMTRA : Thierry, tu vis et travaille en Rhône-Alpes depuis quelques mois. Tu es un des rares musiciens trads. à sortir de la filière Conservatoire-École de Musique mise en place il y a une dizaine d'années. Quel est ton regard sur ce parcours, sachant que tu te destines toi-même à l'enseignement ?

Thierry Nouat : J'ai suivi un cursus de Conservatoire, avec un travail sur partitions exclusivement. C'est un peu paradoxal, mais en musique traditionnelle j'ai passé sept ans à ne jouer que sur partitions À l'époque je vivais à Bourges, et j'ai découvert l'oralité grâce à des petits concours enfantins interrégionaux. J'ai rencontré d'autres personnes, notamment Laurence Pinchemaille. Je suis allé sur son conseil, à Saint-Chartier, j'ai amené ma vielle là-bas J'ai découvert un autre monde. CMTRA : Qu'est-ce qui t'a amené à la vielle à roue dans le Conservatoire ?

T.N. : Ce qui m'a amené à la musique ce sont des problèmes de santé. J'aurais voulu faire du foot, comme tous les gamins ! Sachant que je ne pourrais pas pratiquer de sport, mes parents m'ont incité à faire de la musique. Ils voulaient que je fasse du piano, car &laqno; le piano est la clé de tout » !

Par esprit de contradiction, et je ne sais pas pourquoi d'autre J'avais vu le groupe &laqno; Notre Berry » tout petit en maternelle ; j'avais ce souvenir d'enfant, une esthétique qui m'avait séduite. Cet instrument sculpté, marqueté, très travaillé, m'est apparu comme quelque chose de complètement nouveau et précieux. J'ai donc choisi la vielle à roue en me disant que mes parents ne trouveraient jamais un cours. Manque de chance ou coup de chance, cette année-là s'ouvrait une classe de vielle à roue. J'étais le premier inscrit au cours de Laurent Bitaud, un peu par hasard. CMTRA : Tu as été lauréat d'un grand nombre de concours : Rochefort-Montagne (63) en 1989, Moulins en 1990, Gannat en 1991, Saint-Chartier en 1995 et 1996Le passage par le concours représente-t-il quelque chose pour toi ?

T.N. : Pas vraiment. Nous avons été tout un groupe, Anne-Lise Foy, Laurence Pinchemaille, Thierry Bruneau, Stéphane Durand, Grégory Jolivet et d'autres, à profiter de la musique jouée par les aînés et à pratiquer les concours. En fait, c'était d'abord pour moi l'occasion de rencontrer des jeunes de mon âge qui pratiquaient le même instrument, et l'occasion de faire la fête. Après oui, il y avait le concours, d'une manière accessoire.

C'est à cette époque que nous avons formé un duo de vielles, Stéphane Durand et moi, et que nous avons enregistré le disque "Machiavel". CMTRA : Quelques rencontres essentielles avec des viellistes plus confirmés t'ont peut-être incité à jouer d'autres répertoires ?

T.N. : Oui, comme je te l'ai dit, Saint-Chartier a été pour moi la découverte de l'oralité. Ensuite, ce fut mon intégration dans le Viellistic Orchestra par l'intermédiaire de Lauent Bitaud, d'Anne-Lise Foy et Laurence Pinchemaille. Cela m'a appris à avoir une démarche professionnelle, la rigueur dans ce groupe étant assez soutenue.

J'ai compris tous les problèmes que l'on peut rencontrer lorsque l'on fait de la scène, et c'est ce qui m'a donné envie de pratiquer la musique professionnellement. J'ai fait des stages avec Valentin Clastrier - que j'avais vu en concert au tout début de ma formation : j'ai trouvé cela vraiment génial, avec Gilles Chabenat et Patrick Bouffard qui sont des grandes références pour moi. CMTRA : On a envie de te faire raconter ton aventure au pays du gros business, Wazoo ("La Manivelle") est l'un des rares groupes grand-public, avec Manau et I Muvrini, à proposer un son proche des musiques traditionnelles françaises, même si cela reste très caricatural ?

T.N. : C'était un concours de circonstance. Le producteur m'a appelé un soir chez moi. J'ai hésité longtemps, et sur le conseil de gens proches, je l'ai fait. J'ai commencé en juillet 1999 avec eux. Patrick Bouffard avait enregistré le premier album, et il se trouve qu'il était en tournée en Angleterre lorsque la campagne médiatique a commencé. On a enchaîné les plateaux télés, concerts, hôtels quatre étoiles, la poudre aux yeux CMTRA : Les membres de Wazoo sont de Clermont-Ferrand. L'idée c'était de faire un "Manau auvergnat" ?

T.N. : Je ne saurais pas trop dire, en tout cas, c'est parti d'une "déconnade" entre le chanteur et le chanteur guitariste de Wazoo qui jouaient déjà ensemble avant. Le guitariste compose beaucoup, il a un grand père qui jouait du banjo et qui animait des bals, donc il a toujours entendu jouer des thèmes traditionnels, et il a fait ce petit arrangement sur le thème qui fût appelé médiatiquement "La Manivelle". Ils sont quasiment tous de Clermont ou de la région, Aurillac pour les plus excentrés. Le second album de Wazoo sera produit par "Une Musique" comme le premier. Le choix artistique est quand même assez réduit. Le pouvoir décisionnaire se trouve chez TF1, et la marge de manuvres est assez peu importante. CMTRA : Tes projets hors Wazoo s'articulent comment ?

T.N. : J'ai travaillé longtemps avec le groupe Tarif de Nuit, une formation vielle à roue soprano, vielle à roue alto, guitare et contrebasse. On a décidé de faire une pause avec cette version quartette de façon à retravailler un programme de concert pour sortir un nouvel album. C'est la rencontre entre le Jazz New Orleans avec quelques accents latinos et des thèmes traditionnels français, écossais ou encore yougoslave.

Actuellement, le quartet est composé de : Bernard Montrichard à la guitare, Pierre Badaroux à la contrebasse et Thierry Bruneau à la vielle soprano. CMTRA : La vielle à roue est un instrument profondément et historiquement modal, comment envisages-tu son inscription dans les musiques tonales ?

T.N. : Il faut repenser la technique de jeu. La technique de jeu modal n'est pas réellement applicable sur la musique tonale : l'aspect rythmique a peu sa place en musique tonale. Je prends des cours à l'ENM de Villeurbanne avec Philippe Roche, en jazz, et j'essaye de repenser l'archet, je m'inspire de violonistes. CMTRA : Ton parcours au CEFEDEM te permet d'avoir un regard sur ton expérience en école de musique aussi ?

T.N. : Oui, mais je dissocie complètement les deux. Au CEFEDEM, le but est d'avoir une réflexion "universitaire" sur la pédagogie de l'enseignement et sa mise en pratique. Je me souviens, lorsque j'enseignais à St Amand Montrond, il y avait une jeune femme qui apprenait la vielle depuis très longtemps ; elle aurait pu s'acharner pendant des années sans jamais arriver à jouer correctement. Mais l'Ecole de musique lui apportait une activité d'amateur, en tout cas quelque chose qui soit en dehors de son boulot, et de ses soucis, un moment de musique. L'école de musique doit devenir une sorte de "supermarché" de la musique dans lequel on peut venir choisir sa démarche et son profil, et avoir "une pratique à la carte". CMTRA : Lorsque tu es sur scène avec I Muvrini ou Wazoo, la question de l'identité de ta musique se pose : te considères-tu comme un musicien qui peut jouer n'importe où avec n'importe qui ?

T.N. : Non, je me considère comme un musicien de son temps qui fait avec les propositions qu'il a, tout simplement. La pratique de la vielle me permet d'aborder des répertoires et des styles musicaux très divers. Il me semble important de proposer que les musiques traditionnelles soient présentes dans la diffusion au grand public.

Laurence Pinchemaille m'a présenté il n'y a pas très longtemps une de ses nouvelles élèves qui a commencé la vielle en ayant découvert le groupe Wazoo. Rien que pour cela, je ne regrette pas ! Propos recueillis par E.M. Contact

CD "Tarif de Nuit"

Bistrot Swing

Tél : 03 80 90 08 87CD "Machiavel" AMTA

Tél : 04 73 64 60 00

[amta@nat.fr->amta@nat.fr] / Thierry Nouat : 06 60 97 21 76

[thierry.nouat@laposte.fr->thierry.nouat@laposte.fr] Sébastien Tron

L'expérience de la vielle CMTRA : Sébastien Tron, on a pu te voir en solo, en première partie du concert d'Alan Stivell, il y a quelque temps, comment as-tu rencontré l'instrument vielle à roue ?

Sébastien Tron : La rencontre est assez simple puisque j'ai la chance d'avoir des parents qui pratiquent la danse et la musique traditionnelle, françaises pour le principal. Mon père joue avec toutes sortes de musiciens, dont un vielliste qui s'appelle Jean-Luc Gaffric, c'est lui qui m'a mis la vielle à l'oreille ! Ce n'est pas mon premier instrument, j'ai commencé par le piano classique et ensuite jazz. J'ai débuté la vielle avec Jean-Luc Gaffric dans les Monts du Lyonnais, à l'AREP, l'Association Régionale d'Expression Populaire. Il s'est passé trois ou quatre ans. Puis, j'ai enrichi tout cela avec des stages, en majorité avec Isabelle Pignol, dont j'aime particulièrement le jeu et les mélodies.

Rapidement, le prof avec qui j'ai commencé est parti, et c'est à ce moment-là que j'ai pris le relais en donnant des cours de vielle à roue à l'AREP. Par la suite, je suis descendu à Lyon pour mes études supérieures. Au bout d'un an, je me suis dit que je pourrais donner des cours de vielle sur Lyon, et il s'est trouvé qu'il y avait une possibilité avec le CMTRA. CMTRA : Quelle musique joues-tu à la vielle ?

S.T. : Je cherche un jeu personnel. Je ne suis pas encore satisfait, par rapport au plaisir que je peux avoir avec le piano, les claviers ou les percussions, puisque je suis aussi percussionniste. Mon jeu à la vielle manque encore de maturité. Je voudrais me réapproprier plus cet instrument. J'ai une idée de la direction dans laquelle je veux aller, des outils techniques à explorer, avec la volonté de ne pas perdre les auditeurs, mais plutôt de leur raconter une histoire. Je m'oriente sur des mélodies mémorisables, si je peux faire chanter les gens, c'est très bien.

Je me situe plus comme un observateur dans le monde de la vielle à roue et le monde de la musique trad. En fait, je suis plutôt dans le monde du jazz avec le piano clavier. Je suis un peu partout sans vraiment y être, j'observe et puis j'apprends. Sinon, je joue un répertoire de compositions pour les bals, avec mon père et mon frère dans &laqno; Tri-ton » ! CMTRA : Dans toutes ces pratiques musicales, est-ce qu'il y a des musiques ou des musiciens que tu écoutes et que tu aimes ?

S.T. : J'écoute en ce moment du jazz avec Pat Metheny que j'apprécie pour ses méthodes de travail et la manière dont il s'est réapproprié la musique. Autrement, j'écoute beaucoup Isabelle Pignol avec le groupe Dédale. J'apprécie évidemment le travail de Valentin Clastrier.

En fait, en haut de ma pile de CD, on retrouve Pat Metheny et Bobby Mc Ferrin pour ce qui est vocal. Malheureusement, je n'ai pas une très belle voix, sinon je chanterais plus souvent avec ma vielle. Qu'est-ce qu'il y a d'autres sur ma pile De très vieilles choses de pop anglaise ou américaine comme Grace Jones. Une des actrices qui jouait dans un James Bond, qui a un caractère complètement loufoque, mais qui a fait des choses avant-gardistes sur le son, au niveau des stéréos et de la puissance, du swing, j'aime tout ce qui est rythmique et qui swing. CMTRA : Penses-tu qu'un instrument à bourdon a une place dans l'univers des musiques, que l'on appelle musiques actuelles, monde très contrasté, un peu à l'image de tes pratiques musicales ?

S.T. : Tout à fait. Déjà, dans les musiques actuelles on peut y mettre un tas de choses : les ritournelles par exemple et toute musique récurrente, en boucle, répétitive avec des évolutions d'ambiances. Après, de quelle manière les viellistes vont pouvoir s'intégrer dans le milieu du jazz ou avoir un rôle uniquement de soliste, je ne sais pas ! CMTRA : Tu as déjà rencontré des gens qui viennent du jazz, comment cela se passe avec la vielle ?

S.T. : Les gens que j'ai rencontrés dans le jazz ne sont pas uniquement de ce milieu. C'est une prof de piano classique qui m'a fait découvrir le jazz ! Les gens avec qui je joue sont autodidactes ou ont eu des profs particuliers, loin du jeu d'école. Ce sont des musiciens qui ont un regard sur le milieu du jazz, mais qui ne se sentent pas totalement intégrés dans ce milieu-là. La rencontre avec la vielle à roue au niveau du jazz est pour moi sur la liste d'attente, sur la liste de l'apprentissage. Il faut dire que je suis étudiant à Lyon, depuis quatre ans, je prépare une maîtrise de physique, et j'essaye vraiment de concevoir la physique et la musique en un seul monde.

Pour cela, j'ai trouvé un DEA d'acoustique, de traitement du signal et d'informatique appliquée à la musique. Cela reste assez vaste, cela passe de la psycho acoustique à l'acoustique des salles, la modélisation de tout ce qui est sonore, la composition assistée par ordinateurAlors, dans ma pratique musicale, j'expérimente pour l'instant des pistes, mais en tout cas, j'imagine vraiment quelque chose avec la voix. C'est déjà ce que l'on fait avec la formation "Marge de Manuvre". Au niveau des thèmes, en mélangeant la voix, pas vraiment de la chanson, mais plutôt de la mélodie, un mélange d'instruments, saxo et voix CMTRA : Est-ce que tu joues de la vielle à roue dans cette formation "Marge de Manoeuvre" ?

S.T. : Pas actuellement. Par contre on a fait quelques essais avec le percussionniste de cette formation, Richard Monségu. On avait monté un petit spectacle l'année dernière, un trio avec des percussions, une danseuse africaine contemporaine et puis moi à la vielle à roue, aux percussions et au clavier. C'était une pièce de 30 mn où l'on essayait de constituer un univers avec des ambiances. J'ai essayé d'exploiter les capacités de l'instrument vielle à roue, ouvert par les voies de Valentin Clastrier, mais déjà en essayant de captiver le spectateur et de l'inciter à l'imagination. On aurait pu dire que c'était de la musique contemporaine CMTRA : Est-ce que c'est un avantage d'être poly instrumentiste ? As-tu acquis des techniques sur un instrument que tu retrouves sur un autre ? Comment gères-tu ces pratiques un peu éclatées ?

S.T. : Le seul inconvénient, c'est peut-être de ne pas travailler un instrument à fond ou entièrement. Mais les avantages, il y en a beaucoup, les techniques de percussion au niveau de la dissociation des mains s'appliquent directement sur la vielle à roue, entre le coup de poignet rythmique et la mélodie. Pour l'harmonie, au niveau du piano et des claviers, je retrouve les applications sur mon clavier de vielle sans trop réfléchir, et pour la vielle à roue, je retrouve les mélodies sur les divers instruments. CMTRA : Est-ce que tu danses ?

S.T. : Oui, je danse. Comme je le disais tout à l'heure mes parents sont danseurs et musiciens, ce qui fait que depuis tout petit, je les ai suivis dans divers spectacles. J'ai commencé à apprendre les danses des régions de France. J'accompagne depuis quelque temps la danse africaine aux doublonnages. Ce qui me donne aussi une vision un peu plus globale de la musique ou la manière simple d'accompagner, d'y mettre le swing qui peut aller avec.

En voyageant avec mes parents, j'ai participé à divers stages, en milieu occitan, dans les festivals, je pense aussi aux Rencontres Internationales d'Accordéons, au château de Pluvy à Saint-Symphorien-sur-Coise, où j'ai vu beaucoup de choses se passer, les gens danser, les bals. C'était très bien. Je ne me suis pas encore mis à la danse africaine par contre Propos recueillis par JB Contact

Sébatien Tron

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