L’édito de la lettre n°63
La dernière lettre d’information faisait une large place
aux festivités estivales, où l’on pouvait remarquer,
d’ailleurs, la place désormais prépondérante que prennent
les musiques traditionnelles et du monde dans ces espaces
multiples de diffusion et de création.
À notre niveau, et autour des manifestations auxquelles
nous avons participé ou organisé directement, que ce soit
la Fête de la musique, la « Guill’en fête », « le Bal sur la
Place » ou « Les Jeudis des Musiques du Monde », nous
avons rassemblé un public aussi vaste que diversifié
autour de ces actions devenues désormais emblématiques
du CMTRA.
La rentrée et la période qui s’ouvre, à l’instar de l’année
précédente à la même période, nous invitent à aborder
dans cet édito une problématique devenue toute aussi
récurrente : l’avenir du Centre des Musiques
Traditionnelles en Rhône-Alpes.
Après le départ de Jean Blanchard en fin d’année 2005, l’Etat et la Région nous avaient fortement incités à réfléchir à l’articulation d’un nouveau projet de redéploiement des missions du CMTRA et de leur mutualisation avec celle de l’AMDRA (Agence Musique et Danses en Rhône-Alpes). Prenant acte de cette volonté politique, nous avons consacré l’année 2006 à élaborer conjointement un plan de structuration cohérent. Plusieurs séances de travail ont eu lieu afin d’étudier la faisabilité d’un tel rapprochement, d’envisager ses finalités et émettre des propositions d’avenir.
Ce processus arrive aujourd’hui à son terme. De façon synthétique, il fait état des modalités de mise en place de ce projet dans un même espace géographique, des répartitions de responsabilités, de nouveaux moyens financiers à mobiliser et des modes de gestion particuliers, notamment par la signature d’une convention liant les deux structures. Il s’inscrit dans un esprit de préservation de l’autonomie politique, de gestion et d’action, indispensables à la conduite des missions respectives. Ce plan prévoit la mutualisation de certains services communs visant une même finalité : développer un service toujours plus cohérent à l’intention des différents acteurs des musiques actuelles - et par voie de conséquence des musiques traditionnelles - mais aussi de l’ensemble des pratiques artistiques, dans les domaines de l’information, des ressources documentaires et de la mise en réseau.
La mise en oeuvre de celui-ci dès 2007 est conditionnée de
façon impérative à l’octroi de moyens financiers
supplémentaires alloués par l’institution régionale et à
hauteur, pour le moins, de ceux déjà attribués par l’État.
Cette parité de financement que nous appelons de nos
voeux depuis plusieurs années permettra la consolidation
et la création de véritables postes de permanents fragilisés
par la fin du dispositif « emplois jeunes », et d’ouvrir
(enfin) la voie à l’embauche d’un poste de responsable du
CMTRA.
Dans cette perspective, nous ne saurions perdre de vue la
question politique sous-jacente : les musiques
traditionnelles et les musiques du monde - dont la vitalité,
la force et l’intérêt ne sont plus à démontrer - ont-elles un
avenir en Région ? Sont-elles soutenues par une politique
volontariste que les dernières élections régionales avaient
pu le laisser penser ?
Dans l’attente de validation de ce nouveau projet de la
part de nos tutelles, ce nouveau numéro montre notre
volonté de continuer et de faire évoluer notre outil au
service des nombreux acteurs de ce réseau. Ainsi nous
mettons en place des relais départementaux en région -
sources fructueuses d’informations et d’échanges -, nous
achevons le chantier de recherche initié en 2003 dans le
quartier de la Guillotière par la publication d’un CD et
d’un DVD des collectes musicales réalisées, nous ouvrons
une chorale d’habitants de la Guillotière autour des
chants du monde, nous structurons nos actions en matière
d’enseignement et préparons les futurs moyens de
communication et d’informations multimédia.
Si la rentrée du CMTRA recèle de nouvelles énergies, de
nouvelles perspectives, de nouvelles idées, il faut souhaiter
qu’un avenir engageant leur permette de se réaliser, faute
de quoi nous risquons d’entrer dans le deuil le plus cruel,
comme le disait Jacques Derrida : « le deuil de
l’imaginaire ».
Robert CARO







