Shelta
Rencontre avec John Delorme du groupe Shelta, pour la sortie de leur premier album.
CMTRA : Comment s’est créé le
groupe Shelta, comment vous êtesvous
tous rencontrés ?
John Delorme : Le groupe s’est créé
lors des rencontres dans les festivals :
Saint Chartier, Brives, Tocane. Nous
sommes cinq musiciens : Romain
Chéré (banjo, mandoline, flûtes),
Fabien Guiloineau (guitare), Guy
Vesvre (accordéon diatonique), Tania
Buisse (bodoni) et moi-même au violon.
Créé en 2002 par des gens qui
avaient une vingtaine d’années, le
groupe est en mouvement : certains en
partent, d’autres y arrivent, comme
Tania ou moi. Nous sommes éloignés
géographiquement, donc niveau disponibilités,
ça n’est pas évident.
Comme nous ne pouvons pas répéter
ensemble toutes les semaines, on se
fait des mini-résidences, une fois tous
les deux mois environ. Le niveau de
musique du groupe permet cette façon
de travailler, chacun ayant par ailleurs
une pratique musicale intense.
Avez-vous tous une formation de
musique irlandaise à la base ?
On est tombé sur la musique irlandaise
un peu par hasard. Nous sommes tous
issus plus ou moins du rock, guitare,
des petits trucs comme ca, à part Guy
qui a fait de la musique Centre-France
pendant longtemps avec son frère
Christian Vevres. De mon côté, je suis
guitariste de formation, et j’ignorais
l’existence même des musiques traditionnelles.
J’entendais par-ci par-là de
la musique irlandaise, de la musique
écossaise, et ça me plaisait tout de
suite. Mais J’ignorais que cette
musique était enseignée, et ne savais
pas comment l’appréhender. Quand on
n’a pas le pied dans la musique trad,
on ne sait pas qu’elle existe, qu’elle
se pratique. Du coup j’ai découvert le
violon irlandais à 18 ans. On m’a prêté
un violon, j’ai essayé de bricoler, sans
grands résultats. Il y a un style, une
technique particulière qu’on ne peut
pas inventer. Il me paraissait impossible
et démesuré de reproduire ce que
j’entendais sur les disques. Mais dès
qu’on a des gens à côté de soi qui
connaissent cette musique, ça devient
plus humain, ça devient possible.
Qu’est ce qui vous a poussé à sortir
un disque aujourd’hui ?
C’est une question d’opportunité.
Métives, qui est l’équivalent du
CMTRA en région Poitou-Charentes,
nous proposait ça. On sentait qu’il était
temps pour le groupe de poser quelque
chose qui nous permettrait d’avancer.
Ça marque un passage, une époque.
Ce disque est le premier du groupe
Shelta. On a enregistré avec Laurent
Baraton en sept ou huit jours. L’attitude
de l’enregistrement est vraiment différente
de celle du concert. Pendant une
semaine, on débranche tout, il n’y a
plus rien d’autre qui compte. On n’a
pas du tout la même écoute et le même
recul sur notre jeu que lors des
concerts et des sessions. Travailler à
l’enregistrement d’un disque, c’est travailler
dans un souci de perfection
avec un regard critique sur notre jeu.
On prend conscience de tout ce qu’on
n’arrive pas à faire. On est aussi obligé
de calmer le jeu pour enregistrer.
Laurent
Baraton, qui connaît bien la
musique irlandaise, nous a conseillé de
ne pas jouer en enregistrement comme
on jouerait en concert, où on joue à
fond, un peu à l’arrache. C’est peutêtre
un peu moins « rock and roll », il
y a un peu moins d’énergie, mais ça
vieillit mieux.
De quoi est composé votre répertoire
?
Dans le disque, deux tiers des morceaux
appartiennent au répertoire traditionnel
comme « Swinging on the
gate », qui est vraiment trad. Il y a
quelques compositions, dont une de
Romain, le « Reel à Michel », et
quelques compositions modernes
comme « Walking on the moon »,
composée par un Ecossais quand le
premier homme a marché sur la lune.
Mais la plupart du temps, on reprend
les thèmes et on fait des arrangements :
on change les rythmes, on fait varier
les volumes, les instruments, les ornementations...
Ce n’est pas de l’improvisation,
mais de la variation. On a
les thèmes que l’on connaît parfaitement,
puis on essaye de varier autour
mélodieusement pour enrichir et leur
donner une nouvelle personnalité.
Comment vous placez-vous dans le
champ de la musique irlandaise ?
Nous sommes plutôt dans une perspective
moderne. On essaie de garder
un fond trad, c’est-à-dire de transmettre
les airs de la façon la plus traditionnelle
possible, mais faire pardessus
des arrangements modernes.
Ce mouvement moderne existe aussi
en Irlande. La guitare est un exemple
d’évolution de la musique irlandaise :
il y a 20 ans, on jouait de la guitare
dans la musique irlandaise mais cet
instrument n’était pas vraiment adapté
au jeu de l’époque.
Aujourd’hui, l’utilisation
de l’instrument a complètement
évolué : on accorde la guitare
autrement, on sait comment marchent
les harmonies et on a donc complètement
intégré cet instrument moderne
dans les formations irlandaises, tout en
restant traditionnel. Ce n’est pas figé,
ça avance. Nous nous situons dans
cette perspective : faire de la musique
traditionnelle dans la modernité.
Quel est votre regard sur la vitalité
de la musique irlandaise ?
Elle existe, et elle est internationale.
L’irlandais commence à avoir une
réelle posture et devient un style de
musique à part entière comme le blues.
N’importe où dans le monde, on peut
jouer en session. À Lyon, ça fait 7 ans
que ça existe. Pour des jeunes qui
veulent jouer de la musique irlandaise,
il y a tout ce qu’il faut. Il faut dire
avant tout que c’est une musique qui
est « rock and roll » : elle se joue
vraiment, avec les tripes, avec une
énergie immense.
Propos recueillis par P.R.
Retrouvez John Delorme dans la lettre n°61
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