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6. Cultures du Sonore
Sons, Signaux et Musiques...

Qu’ils manipulent le bois, l’eau ou la pierre, les gestes du quotidien sont emplis de musique. Immense orchestre à l’air libre, la nature peut également être source d’inspiration pour l’homme, la femme, le musicien qui l’écoutent. Les enfants le savent qui, à l’aide d’instruments rudimentaires et de petits couteaux, expérimentent la matière au gré des saisons. Jouer des rythmes de l’eau, faire sonner une branche de hêtre, faire vibrer la lamelle d’un petit brin de paille… « du jeu buissonnier au facteur d’instrument, il n’y a qu’un pas »*. La frontière entre l’utilisation fonctionnelle d’un objet domestique, d’un outil et son exploitation musicale est aussi bien souvent franchie, ainsi pour les cuillères, la grelotyre des jours de carnaval ou l’empatyre que l’on sort pour faire charivari.

Mais avant de se faire musique, le son est d’abord un signal, il porte une fonction et livre son message. Au cri strident de la buse, le marcheur localise ses poussins. Au caquètement d’une poule, la fermière avertie reconnaît qu’elle va faire l’œuf ou au contraire que l’œuf est déjà pondu. Au meuglement des vaches, le berger sait qu’elles ont faim ou bien qu’elles sont nerveuses. Au son de la cloche, il localise le troupeau dans les brouillards des alpages, mieux encore, il sait que l’animal se baisse pour manger ou se repose tranquillement en bord de champ. Les dictons populaires aident parfois à l’interprétation des sons, tel celui transmis par Anna Mogenier : si de ce côté-là du village, on entend les eaux du Rouget, c’est que le vent du sud souffle et que l’orage est proche.

Les hommes de métier savent apprécier la qualité du travail au toucher et à l’oreille. C’est l’oreille qui guide la trajectoire d’une scie ou témoigne de l’usure d’une lame, une résonance particulière dans la pierre indique au tailleur la fonction prochaine de son bloc.
Les clochers des églises rythmaient la vie des villages, sonnaient la fin du travail et célèbrent encore les décès. Dans un environnement où le sonore est rare, il prend un relief particulier, il est une polyphonie complexe et signifiante qui accompagne, renseigne, ravit et aide à se situer dans le monde.
Voir plages 4, 8, 9, 10, 12, 21 et 30 de ce disque

* Claude Ribouillaud dans « Voyage aux Pays des sons »