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> Lettre d’information n°66. Eté 2007
Ritournelles
Le CD
Le chant est la forme musicale la plus
universellement partagée. Au-delà de
ses expressions publiques et marchandes,
la pratique vocale accompagne
le quotidien des individus et des
groupes, les rituels et les fêtes, des
moments de recueillement ou d’exultation,
solitaires et partagés, dans
toutes les cultures. On chante pour
endormir un enfant, pour se donner du
cœur à l’ouvrage, pour accompagner
la préparation d’un repas, pour évoquer
des moments de notre passé.
Al’image des ritournelles , ces motifs
musicaux que l’on chantonne pour
construire autour de soi un monde
habitable, les chants du quotidien, les
chants de la mémoire portent avec eux
l’évocation fugace et sensible d’un territoire
absent. A chaque exécution,
dans chaque posture et dans chaque
timbre de voix s’exprime un rapport
métaphorique au monde. Entre corps
et discours, entre musique et langage,
ils sont lieux de mémoire, de mythes et
de récits, d’émotions et de savoirs
transmis d’une génération à l’autre et
toujours réinventés..
La Guillotière, quartier regroupant des
personnes issues de centaines de cultures
différentes, est peuplée d’une
multitude de ces chants, cachés derrière
les murs d’immeubles, dans l’intimité
des appartements, les arrièressalles
des commerces, dans les cafés
ou les cuisines de restaurants.
Al’automne 2005, nous nous sommes
mis en quête de ces chants portés par
les habitants du quartier de la Guillotière.
Tous les vendredis, pendant une
année, nous sommes allés à la rencontre
des interprètes anonymes de la
ville, dépositaires de ces savoirs
inouïs. Nous avons poussé les portes
des épiceries ivoiriennes ou indiennes,
des restaurants cambodgiens, des
salons de coiffure et des hammams,
sillonné les rues et les marchés des
places publiques. Cette dernière série
d’enregistrements impliquait la mise
en œuvre d’une démarche spécifique,
furtive et souple. Il nous a fallu accepter
l’errance et les déconvenues, la
nécessité des retours et de l’attente des
moments propices. Nous avons finalement
enregistré des dizaines de chants,
entendu des langues et des timbres
d’une diversité surprenante. Au-delà
des textes, chaque ornement et chaque
posture racontent à eux seuls toute une
histoire.
Le documentaire audio Ritournelles rend compte de cette année de collecte, des rencontres humaines et des découvertes des différents mondes sonores qu’elle a rendu possible et c’est naturellement qu’il a prit la forme d’une promenade musicale dans le quartier. Au cours de cette déambulation, nous pénétrons des univers et de ces univers surgissent des témoignages musicaux, des bribes de dialogues et des extraits de récits de vies, des commentaires de chansons et des paysages sonores. Chacune des chansons présente dans le documentaire a été réinscrite de manière plus ou moins fictionnelle dans l’environnement sonore dans lequel elle a été enregistrée, un café, une épicerie ou un appartement. Mais il s’agit bien d’une reconstruction, subjective, à la frontière entre une restitution ethnographique et une création fictionnelle, artistique. Elle prend pour fil conducteur la quête de chansons elle-même. Nous emmenons les auditeurs dans un parcours imaginaire à travers les chants d’un quartier. Dans sa forme générale, et dans le traitement des enregistrements, ce montage s’apparente à un documentaire radiophonique. Par la densité des témoignages, il pourrait faire penser un inventaire ou à une série de paysages distincts mais reliés entre eux. Malgré le travail d’oubli qu’implique toute recomposition subjective d’un vécu, nous avons choisi de donner à entendre les plus beaux et les plus caractéristiques témoignages enregistrés. Il peut s’écouter d’une traite, en suivant la narration proposée, de manière linéaire, du début à la fin. Mais nous invitons les plus entreprenants et les plus joueurs de nos auditeurs à composer leur propre parcours sonore, à vaquer librement d’une plage à l’autre, à choisir les titres qui résonnent le mieux à leurs oreilles. A l’instar de la « Marelle » de Julio Cortazar, ce parcours à plusieurs entrées. Nous espérons qu’il saura intriguer et étonner comme nous l’avons été tout au long de nos recherches et qu’il donnera envi à plus d’un d’aller demander à un parent, à un voisin, de partager les ritournelles qui habitent leur mémoire.
La Guillotière, quartier regroupant des
personnes issues de centaines de cultures
différentes, est peuplée d’une
multitude de ces chants, cachés derrière
les murs d’immeubles, dans l’intimité
des appartements, les arrièressalles
des commerces, dans les cafés
ou les cuisines de restaurants.
Al’automne 2005, nous nous sommes
mis en quête de ces chants portés par
les habitants du quartier de la Guillotière.
Tous les vendredis, pendant une
année, nous sommes allés à la rencontre
des interprètes anonymes de la
ville, dépositaires de ces savoirs
inouïs. Nous avons poussé les portes
des épiceries ivoiriennes ou indiennes,
des restaurants cambodgiens, des
salons de coiffure et des hammams,
sillonné les rues et les marchés des
places publiques. Cette dernière série
d’enregistrements impliquait la mise
en œuvre d’une démarche spécifique,
furtive et souple. Il nous a fallu accepter
l’errance et les déconvenues, la
nécessité des retours et de l’attente des
moments propices. Nous avons finalement
enregistré des dizaines de chants,
entendu des langues et des timbres
d’une diversité surprenante. Au-delà
des textes, chaque ornement et chaque
posture racontent à eux seuls toute une
histoire.
Le documentaire audio Ritournelles rend compte de cette année de collecte, des rencontres humaines et des découvertes des différents mondes sonores qu’elle a rendu possible et c’est naturellement qu’il a prit la forme d’une promenade musicale dans le quartier. Au cours de cette déambulation, nous pénétrons des univers et de ces univers surgissent des témoignages musicaux, des bribes de dialogues et des extraits de récits de vies, des commentaires de chansons et des paysages sonores. Chacune des chansons présente dans le documentaire a été réinscrite de manière plus ou moins fictionnelle dans l’environnement sonore dans lequel elle a été enregistrée, un café, une épicerie ou un appartement. Mais il s’agit bien d’une reconstruction, subjective, à la frontière entre une restitution ethnographique et une création fictionnelle, artistique. Elle prend pour fil conducteur la quête de chansons elle-même. Nous emmenons les auditeurs dans un parcours imaginaire à travers les chants d’un quartier. Dans sa forme générale, et dans le traitement des enregistrements, ce montage s’apparente à un documentaire radiophonique. Par la densité des témoignages, il pourrait faire penser un inventaire ou à une série de paysages distincts mais reliés entre eux. Malgré le travail d’oubli qu’implique toute recomposition subjective d’un vécu, nous avons choisi de donner à entendre les plus beaux et les plus caractéristiques témoignages enregistrés. Il peut s’écouter d’une traite, en suivant la narration proposée, de manière linéaire, du début à la fin. Mais nous invitons les plus entreprenants et les plus joueurs de nos auditeurs à composer leur propre parcours sonore, à vaquer librement d’une plage à l’autre, à choisir les titres qui résonnent le mieux à leurs oreilles. A l’instar de la « Marelle » de Julio Cortazar, ce parcours à plusieurs entrées. Nous espérons qu’il saura intriguer et étonner comme nous l’avons été tout au long de nos recherches et qu’il donnera envi à plus d’un d’aller demander à un parent, à un voisin, de partager les ritournelles qui habitent leur mémoire.







