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La Louisiane en musique
Un aperçu de la culture louisianaise





Entretien avec Bobby Michot, né à Lafayette, chanteur, guitariste, spécialiste de gastronomie de Louisiane et de généalogie. Fondateur du groupe « Les Frères Michot », il joue avec les musiciens cajuns prestigieux comme Nonc Allie Young, Lionel Leleu et Eddie Lejeune. Véritable ambassadeur de la musique cajun, il parcourt le monde en jouant avec divers groupes. CMTRA : Pouvez-vous nous parler de l'histoire mouvementée de la Louisiane ?

Bobby Michot : Il y a peut-être quatre millions d'habitants en Louisiane, ça fait à peu près 500 km de long sur autant de large. La Louisiane a été fondée en 1682 par Cavlier de la Salle, et la colonisation a débuté en 1699. La Nouvelle-Orléans a été fondée en 1718, les Français sont arrivés progressivement, d'abord des soldats et des marins (qui ont épousé des Indiennes), puis des femmes blanches.

En 1720-25, des Allemands sont également venus s'installer en Louisiane. Au départ la population locale était constituée d'Indiens. Les esclaves noirs sont arrivés sur les négriers, à partir de 1720 environ. Les Français ont perdu la guerre contre les Anglais en 1763, et ils ont donné cette même année la partie ouest et la Nouvelle-Orléans à l'Espagne. Napoléon a repris la Louisiane en 1800, pour la vendre tout de suite aux Américains (1803). Pendant la période espagnole, des Acadiens et des Français ont continué à arriver. Les Acadiens étaient déportés par les Anglais, les Québécois forcés à émigrer. Les Français qui étaient à l'Est du Mississippi sont descendus en terre espagnole pour ne pas rester chez les Anglais.

La plus grande influence culturelle de la Louisiane est venue de Saint-Domingue. Beaucoup de Français blancs ont quitté l'île pendant la révolution haïtienne (1789-1804), pour venir en Louisiane et à Cuba. En 1809, quand Napoléon a fait la guerre contre l'Espagne, les Français de Cuba ont été virés, et sont venus à la Nouvelle-Orléans. Avec eux il y avait des gens de couleur affranchis, des esclaves noirs qui faisaient du jazz, pratiquaient le vaudou, etc... La plupart des Français sont venus directement de la métropole. Après la vente aux Américains en 1803, il y a eu beaucoup d'immigration jusqu'en 1860. Beaucoup de Français en partance pour l'Amérique ont atterri à la Nouvelle-Orléans car c'était le pays français.

La Louisiane, c'est comme trois états : le Nord (protestant, puritain, familles écossaises, irlandaises et anglaises), le Sud (Créoles, Français, Acadiens), et la Nouvelle-Orléans (un autre monde). Fin XIXème, il y a eu une expansion économique américaine, et les lois ont changé : à partir de 1916 et jusqu'en 1960, il était interdit de parler français à l'école. Des générations d'écoliers étaient brimées en classe. La plupart des gens de ma génération parlaient anglais, les grands-parents français, les parents les deux langues, mais uniquement anglais avec leurs enfants. C'étaient les plus pauvres qui parlaient français. Et tout le monde joue de la musique.

Il y a cent ans, le jazz était une musique de basse classe, et il y a cinquante ans, il a commencé à devenir une musique de société. Pour la musique cajun c'est la même chose, au départ c'était une musique de basse classe, ça change depuis une trentaine d'années. Il y a toujours des gens qui ont honte de parler français, c'est une question d'image. Comme les gens qui viennent habiter à la ville et ont honte de leur village. Il y a une question économique aussi : les patrons venus du Texas par exemple craignaient que les gens qu'ils employaient ne complotent contre eux en français.

Dans les années 80, il y a eu des films avec de la musique cajun, et ça a amené des touristes en Louisiane. Elle s'exporte de plus en plus, alors qu'au départ c'était une petite musique de la terre de chez nous. Quels sont les instruments emblématiques de la musique cajun ?

La base c'est deux violons, un triangle. Plus tard l'accordéon est venu à la fin du XIXe, d'abord de France et ensuite d'Allemagne. Les violonistes et les accordéonistes ont commencé à jouer ensemble. Sur les premiers enregistrements il y avait guitare-accordéon, ou violon-accordéon, les plus grands groupes avaient violon-accordéon-guitare, avec une percussion ti-fer.

Dans les années 30 il y a eu la batterie, puis l'amplification (la radio était dans tous les foyers). Les gens commencent à jouer la musique qu'ils entendent à la radio, du swing et du jazz.

Au départ il y avait des chansons venues de France, et certains musiciens ont joué aussi la musique des Appalaches arrangée à leur sauce, les Noirs apprenaient le blues et le jazz. Toutes ces influences sont dans la musique cajun. Le mélodéoniste Amédée Ardouin était une référence dans cette musique, il jouait avec un violoniste blanc, Denis Mc Gee. Une grande partie du répertoire cajun vient d'eux. Les chansons blues, jazz, étaient chantées façon créole. Quelle est la différence entre les musiques cajun, zydeco et blues ?

Les chansons de blues ce sont les complaintes, des paroles simples et très répétitives, que ce soit en français, anglais ou créole. Il ne faut pas chercher les grands textes, c'est « elle m'a quitté pour s'en aller avec un autre... ».

Cajun vient d'acadien, même si les gens disent être cajun alors qu'ils sont Français ou Créole, au niveau généalogique. Dans les années 60, on n'entendait pas les mots cajun ni zydeco en référence à la musique. C'est à partir des années 70 que des journalistes et des maisons de disques folklorisent la chose : zydeco c'est plus influencé par la musique noire américaine, cajun est plus la musique blanche, influencée par la country. Zydeco vient de la chanson “Les haricots sont pas salés” de Clifton Chenier. Un journaliste lui demande comment il appelle cette musique et il dit « zaricot » et lui a écrit en anglais « zydeco ». On peut dire que c'est le style de Clifton Chenier, qui jouait de l'accordéon touches piano. Aujourd'hui le zydeco se joue beaucoup avec le mélodéon style cajun. Depuis 20 ans les jeunes commencent à jouer un style moins blues que Chenier. Ils jouent moins de valses et moins de blues, plus de two-step, rapides, avec beaucoup de basse-batterie, on n'entend pas beaucoup l'accordéon, pas beaucoup les paroles. Les musiques de Louisiane sont en grande partie au service de la danse ?

Tout le monde danse dans les fêtes, il y a beaucoup de restaurants-salles de danse. Les fais-dodo c'est quand les gens allaient au bal, aux bals de maison. Pas de salle publique, mais quelqu'un invite tout le voisinage, ils poussent les meubles du salon et tout le monde danse sur la musique acoustique.

Après il y a eu des salles publiques de danse, des bistrots-salles de danse, etc. Chaque vendredi, samedi, dimanche après-midi, il faut payer un prix pour danser. Avant la télé, les gens fréquentaient beaucoup ce genre d'endroit. C'était la seule façon pour les jeunes filles et les jeunes garçons de se rencontrer. Les vieux surveillaient pour que les jeunes ne dansent pas trop collés. Les bébés étaient emmenés à ces bals et on les faisait dormir dans une pièce à côté.

Avant il y avait des mazurkas, des reels, etc... À partir des années 60 il y a eu beaucoup de two-step, des valses lentes, à deux temps. Depuis une quinzaine d'année, les gens pensent qu'il faut apprendre les danses cajun dans des cours, mais chez nous ça n'existe pas. Tout le monde apprend à l'oreille, avec les vieux. Il y a des gens qui veulent académiser ça, faire des sous en donnant des cours. Les gens se sont mis à apprendre la valse et le two-step, et à inventer des danses qui n'existent pas du tout chez nous, comme le madison etc... Ils vont transmettre et exporter ça !

Il y a des gens qui ne se sont jamais intéressés à leur culture, jusqu'à ce qu'ils se rendent compte qu'elle attirait l'attention d'autres personnes, là ils en ont profité pour la revendiquer, la commercialiser. Les ateliers et stages de musique attirent surtout les touristes. Comment apprend-on la musique en Louisiane ?

Il n'y a pas d'école de musique. On transmet par les anciens, en écoutant des disques. Il y en a qui veulent instaurer des stages, mais s'ils font ça ils vont tuer la culture. Ici tout est spontané et à l'oreille. On sent la musique ou on ne la sent pas. Il y a une bonne transmission naturelle de la musique, pas mal de jeunes qui jouent.

Les festivals et les fêtes sont très nombreux en Louisiane : on fête beaucoup Mardi Gras, dans beaucoup de villages, c'est la manifestation la plus importante. Dans les villages il y a beaucoup de festivals : festival des écrevisses, canne à sucre, riz, pour chaque produit il y a un festival ! Ce sont des fêtes foraines de village comme en France, il y a des vendeurs, des jeux, de la musique cajun mais aussi rock, chaque petit village a son festival. Sur 20km2 tous les week-ends tu as un choix de 3 ou 4 festivals. À Noël et en Juillet-Août ça se calme, mais le reste de l'année il y en a partout. Il y a eu beaucoup de mélanges de populations et de cultures en Louisiane, quelle est la situation actuelle ? En Louisiane les gens restent beaucoup plus près de chez leurs parents que d'autres pays d'occident. Il y a un grand esprit de famille en Louisiane. Il y a bien sûr du racisme, mais c'est vrai qu'il y a eu beaucoup de mélanges familiaux entre Noirs et Blancs. Même les Blancs qui ne sont pas trop pour les mélanges disent que les Noirs sont leurs cousins. La raison de ces mélanges, je ne la connais pas. Les Français se sont plus mélangé dans la colonisation que les Anglais. Quelques mots sur la cuisine de Louisiane :

Nous avons une cuisine très particulière, un mélange espagnol, africain, français. On mange du riz presque tous les jours, avec des épices, piment rouge, des fruits de mer, du poisson, du poulet, de la volaille, du cochon, des saucisses fumées. Propos recueillis par P.D.J. Contact

Bobby Michot

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