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Lettre d'information n°55. Automne 2004 38è Rugissants

Entretien avec Benoît Thibergien, direteur artistique des 38è Rugissants.







CMTRA : À l'occasion de la 16e édition de votre festival “38e Rugissants”, et pour son petit frère, “Les musiques nomades”, vos choix de programmation se sont portés vers un équilibre de rencontres créatives entre les musiques contemporaines, le jazz et les musiques du mondes, savantes et populaires. Votre projet, pionnier à l'époque de sa création, donne tous les signes de la maturité. Est-il encore possible de surprendre ?

Benoît Thibergien : Bien heureusement, les musiques en création me surprennent moi-même bien souvent, même celles que je produis ou accompagne. C'est l'incertitude du résultat dans chaque projet nouveau qui crée la surprise. Elle est encore plus marquée quand les projets traversent des esthétiques qui paraissent à priori si éloignées les unes des autres qu'elles ne semblent pas pouvoir se rencontrer et croiser leurs formes. Découvrir une nouvelle musique est aussi une expérience surprenante car elle élargit notre champ de perception et ouvre des perspectives artistiques et culturelles en relativisant nos certitudes. Seize ans d'existence des 38e Rugissants, et sept ans de Musiques Nomades sont loin d'avoir épuisé ce creuset bouillonnant des musiques qui se réinventent en permanence au rythme des contacts et des rencontres artistiques de plus en plus nombreuses aujourd'hui entre musiciens de tous horizons et de toute culture. Un grand nombre de cultures musicales du monde, et souvent les plus brillantes, sont en relation avec une philosophie, une religion, le rapport au sacré. La découverte par un public néophyte de ces richesses musicales peut-elle être le premier pas vers une meilleure connaissance des autres cultures ?

Une meilleure connaissance des cultures du monde invite naturellement à un autre regard sur sa propre culture, par effet de miroir, en décentrant son point de vue et en relativisant ses propres croyances bien souvent ethnocentriques. En redécouvrant ce lien consubstantiel puissant entre la musique et le sacré, la religion ou la vie sociale dans les cultures dites traditionnelles, nous nous interrogeons sur la place qu'occupent aujourd'hui ces valeurs dans notre musique occidentale. Nos musiques savantes ou actuelles ont misé sur la religion du progrès, de la technique et des technologies comme symboles de leur légitimité. Elles se sont déconnectées du rapport à l'intime, au collectif, à la manière de penser le monde. Elles sont rentrées dans un rapport de consommation, d'échange marchand avec le public. Inviter à ouvrir ses oreilles aux musiques de l'Inde, du monde arabe ou d'Afrique est une manière privilégiée d'entrer dans ces cultures et de mieux apprécier leurs richesses et leurs différences. Vous êtes un pionnier de l'illustration des métissages musicaux et des esthétiques en mouvement, démarches devenues presque banales. Y-a-t-il de nouvelles frontières musicales à franchir, d'anciennes murailles à détruire, qui seraient toujours debout ?

Les frontières esthétiques sont de moins en moins étanches. Les cultures se créolisent aujourd'hui au niveau mondial. Les genres et styles se croisent, s'entrechoquent, conversent et développent de nouveaux discours. C'est sans doute au niveau des modes de représentations musicales et de leur accès aux publics que le décalage se fait sentir. Les artistes vont toujours plus vite que les institutions. Ce sont elles qui ont du mal à s'adapter à la transformation des esthétiques. Leur force d'inertie, leur cahier des charges ne leur permettent pas d'avoir cette souplesse d'action, ou de prise de risque pour tenter des expériences artistiques nouvelles. Le métissage est à la mode. C'est un terme galvaudé, qui a même aujourd'hui mauvaise réputation. Mais enfin il a toujours existé et créé les civilisations et les cultures. Pour qu'une culture soit féconde, elle doit se métisser. Ce qui veut dire que les catégories artistiques, les cloisonnements esthétiques qui rassurent les institutions et le public restent bien souvent actifs dans les politiques culturelles alors qu'elles ne correspondent plus aux arts en mouvement.



Le public grenoblois a une chance inouïe de pouvoir découvrir toutes ces expériences musicales, tous ces musiciens généreux. Pensez-vous possible de faire bénéficier d'autres publics de la région, ou d'ailleurs, de ces moments rares ?

Environ 20% de notre public provient de la région hors agglomération grenobloise. Mais le réseau des villes fait circuler chaque année des productions des 38e Rugissants. De même nous collaborons régulièrement avec Grame, le GMVL, le CNSM et le CNR de Lyon, le MIA d'Annecy, l'EOC de St Etienne... de façon à faire circuler les spectacles et œuvres créées dans la région. Cette circulation s'étend à toute la France et à l'étranger par un réseaux de coproducteurs ou de partenaires. Nous travaillons aussi de plus en plus à l'international sur des résidences « transculturelles », des concerts en réseaux, des échanges avec les pays du Sud. De plus, nous commençons à initier des projets à l'étranger, comme le Festival International des Musiques Nomades de Nouakchott en Mauritanie qui a vu le jour pour la première fois en février dernier, en collaboration avec le Ministère des Affaires Etrangères et le Centre Culturel Français. Il a réuni plus de 25 000 personnes et 5 jours de concerts à la découverte des musiques des peuples nomades du monde entier. C'est en quelque sorte une nouvelle déclinaison des Musiques Nomades de Grenoble, mais dans un pays du Sahel. Autant de moments rares et précieux dont le public, quelque soit son origine, est de plus en plus demandeur de partager collectivement. C'est le fondement même de notre action. Propos recueillis par J.B. Retrouvez les 38è Rugissants dans les lettres, [n°31->article896], [n°47->article385], [n°59->article43] Contact

Les 38e rugissants 11 rue Jean-Jacques Rousseau 38000 Grenoble

Tél. 04 76 51 12 92

[contact@38rugissants.com->contact@38rugissants.com]

www.38rugissants.com Du 24 au novembre au 4 décembre :

Richard Galiano et son septet, le Rythme et la parole : concerts imaginés par Keyvan Chemirani avec Ali Réza Ghorbani, Sudha Ragunathan, Nahawa Drunbia..


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